Carnet de route AUSTRALIE

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Mot clé - East MacDonnell Ranges

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samedi, août 15 2009

Ruby Gap Nature park

r Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Rugy Gap a été découvert en Mai 1886 par l'explorateur David Lindsay qui cru trouver des rubis dans le lit de la rivière , ce n'était malheureusement pour lui que des grenats. De nombreux prospecteurs envahirent un moment le site pour se rabattre très vite vers Artlunga oû de l'or avait été mis à jour. Ruby Gap Nature park se situe à environ 150 km d'Alice Spring en passant par Artlunga justement oû une réserve historique a été créee.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Mis à part un petit motel, quelques vestiges d'habitations et une sorte de petit musée à Artlunga l'endroit est plutôt désert. Il est necéssaire d'avoir impérativement un 4X4 passé ce point car si la piste semble bonne sur les premiers kilomètres, ce n'est qu'une illusion ! Les mois d'hiver sont également plus propices pour la visite car le terrain et les gorges s'innondent à une vitesse incroyable pendant les pluies. Il est possible toutes fois, grâce à un point téléphonique, de laisser ses coordonnées et durée de son séjour à Ruby Gap afin que l'on vienne vous chercher si il vous arrivait un problème grâve. N'oubliez pas cependant de rappeler à votre retour du parc pour dire que tout c'est bien passé ! Le site de Ruby Gap est vraiment isolé et peu fréquenté.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Et voilà, j'ai passé une superbe journée au parc et au retour de la ballade, Je me suis aperçue que J’avais une roue à plat. Demain, le 22, soit je repars sur Ross Highway, histoire de ne pas être la dernière sur-place, soit Je reste un Jour de plus et si l’unique couple de retraités s'en va et que j'ai encore un problème en route, alors là je serais vraiment dans la merde, on verra bien... Sinon après quarante kilomètres de piste dans la montagne et de toutes petites vallées on débouche sur un énorme lit de rivière aussi tortueux qu'un serpent, j'ai fait à peine cinq cent mètres dans le sable pour rejoindre le premier site de camping. Il n'y a d'ailleurs aucune facilité pour camper, pas d'eau, pas de douche, pas de barbecue à gaz. Mieux vaut venir avec son ravitaillement et deux roues de secours pour le véhicule. Ensuite mon sac a dos avec : à boire, à manger et en route pour la ballade.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

J’avais à peine fait deux cents mètres que je me suis faite klaxonnée par une vieille Landrover, conduite par un australien qui venait de travailler dans une exploitation à une soixantaine de kilomètres de là. Il m’a amené jusqu'à Glen Annie gorge. Je n'aurais Jamais cru une voiture capable d'aller par où il est passé. Ça a été drôlement sympa. Mis à part ce gars, je n'ai rencontré qu'un couple de retraités qui m'a gentillement offert le thé sur mon retour. c'est vraiment, par certains côtés agréable de voyager seule, tout le monde vient à vous. Le coin est vraiment Joli et impressionnant, et isolé aussi. Dans la première partie sur à peu près cinq kilomètres, il y a des falaises tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La base des rochers est jaune à marron-foncé, les strates parfois y sont plissées comme des vagues, c'est hallucinant ! Le haut est ocre et fracturé en forme de cubes, un peu comme à Orminston Gorge.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Dans le lit de la rivière il y a des tonnes de fragments de grenat qui donnent des reflets pourpres au sable. A Glen Annie Gorge les parois sont aussi hautes, mais le défilé est beaucoup plus étroit. Il y a encore pas mal de bassins, l'eau couve parfois juste sous la surface du sable. Entre les deux, la rivière fait un coude assez dégagé avec de grandes poches d'eau. Il y a plein de joncs et de canards. J’ai vu également quelques têtes de bétail, des ânes sauvages que j’ai seulement entendu. Il doit y avoir aussi des dingos et des kangourous, le sable est couvert de leurs traces. Le vent est tombé, on dirait qu’il va faire moins froid cette nuit. Par endroits la nature revêt ici des couleurs étonnantes. Les rochers : du orange au pourpre, les Joncs : jaune à vert-fluo, les arbres à l’écorce blanche nacrée et au feuillage bleu cendré, un vrai régal pour les yeux. Et puis comme d'habitude pour un mois de juin, un grand ciel tout bleu.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

mardi, juin 16 2009

Kong Bore, observation des kangourous.

Adossé aux montagnes qui courent d’Est en ouest sur une plaine de plus d’un million de kilomètres carrés, Kong Bore n’est qu’un simple point d’eau aménagé pour le bétail. L’endroit semble désolé, pas d’habitation, juste une pompe mécanique tombant en décrépitude qui flanque les pieds ouest d’une éolienne solitaire. Derrière, légèrement en hauteur, un gros réservoir à ciel ouvert et en contrebas un petit abreuvoir juché sur une dalle en ciment. Sur le sable, des traces de sabots en partie effacées par le vent, il me semble que depuis un bon moment, seuls les animaux sauvages ont arpenté les lieux. L’eau est vert olive et par endroits suinte du plus gros bassin. Une mince rigole s’en échappe et disparaît quelques mètres plus loin dans le sol desséché. Mais plus haut, la terre humide révèle de nombreuses empreintes d’oiseaux et de kangourous. C’est l’endroit idéal pour établir mon camp pour la nuit. J’ai parqué mon véhicule une cinquantaine de mètres plus loin sur les hauteurs. En étant relativement cachée par la végétation, j’aurais une vue imprenable sur le site.

Kong Bore

Mais pour l’instant, il n’est que quinze heures et j’ai suffisamment de temps pour préparer un petit projet qui me tient à cœur. Flânant autour du réservoir principal, j’ai déniché quelques vieux morceaux de tôles et deux, trois tuyaux afin d’établir sous l’éolienne, mon observatoire ! Premièrement, frapper le sol avec application pour déloger des herbes d’éventuels serpents ou araignées, puis commencer l’assemblage contre l’un des pieds de la structure métallique. Les morceaux de tôle serviront de murs, quant aux tuyaux, ils aideront à supporter des branchages verts en guise de toit. Une heure plus tard, je me trouve installée, bien assise dans mon abri, armée de mon carnet et de mon appareil photo, à peine à cinq mètres de l’abreuvoir.

Kong Bore

Après la piste, sur une centaine de mètres l’espace est dégagé. Seules de hautes herbes blondes ondoient mollement sous la brise légère, puis les premières rangées d’arbustes semblent s’étendre jusqu’à l’infini. Derrière le réservoir, le sol s’élève doucement jusqu’aux pieds des collines, l’horizon au-delà est masqué par des montagnes qui culminent à plus de mille mètres. Le vent tombe, de la végétation immobile fuse de temps à autre des chants d’oiseaux inconnus. Soudain, un bruit sourd rompt le silence. Débouchant de la plaine sans aucune inquiétude, un kangourou gagne l’abreuvoir en grands bonds réguliers. Il semble habitué à venir ici et ne remarque en rien ma présence. C’est une femelle au chaud pelage roux. Elle se tient debout sur ses puissantes pattes arrières et appuyée sur sa lourde queue comme sur un tabouret. Penchée pattes avants le long du corps, elle lape l’eau verte avec avidité. Je note son heure d’arrivée quand deux de ses congénères, bien plus farouches, font leur apparition. Ils s’arrêtent sur la piste avec méfiance, leurs longues oreilles aux aguets. Le premier se tient bien droit pour observer les alentours, le second, un jeune, semble plus enclin à rejoindre directement l’animal dont l’abdomen se gonfle d’eau à vue d’œil. Ils avancent finalement d’une démarche lente et peu gracieuse, à trois temps, pattes avants-queue-pattes arrières, comme de gros insectes à fourrure. Arrivés à deux mètres de l’abreuvoir, ils marquent encore une pause. Leurs oreilles en mouvement cherchent à déceler le moindre bruit suspect.

Kong Bore

Un dernier regard circulaire et ils se joignent enfin à la femelle au ventre distendue qui semble ne plus pouvoir s’arrêter de boire. Le jeune se hisse sur la pointe des pieds, ses petites pattes avant agrippant le rebord du bassin, ils adoptent parfois des postures qui nous sont étrangement familières.

Quelques minutes après leur départ, je reçois la visite d’un invité de marque, Monsieur Corbeau. Il fait le tour de l’éolienne en coassant et se pose dans un mulga juste derrière le réservoir. Après quelques vocalises, il re-décolle et choisit finalement comme perchoir un arbre qui lui permette d’observer le petit bassin. La tête penchée sur le côté, il surveille le site de son œil globuleux. Dans ma cachette, je n’ose à peine respirer, en s’enfuyant il révèlerait à coup sûre ma présence aux autres animaux. Il semble marmonner pour lui-même et termine son monologue par une note de colère. Et c’est reparti pour un survol circulaire, tout en ronchonnant il vient se poser sur l’éolienne, juste au-dessus des branchages qui me camouflent. Inquisiteur, il se déplace sur la structure, j’entends ses serres grincer sur les poutrelles métalliques. Il se remet à coasser puis, avec réalisme gargouille comme un homme qui s’étrangle. J’ai beaucoup de mal à garder mon sérieux. Après de longues minutes, le corbeau se pose enfin devant moi, sur la dalle en ciment. Deux fois il fait le tour de l’abreuvoir d’une démarche chaloupée digne d’un macho d’opérette. En se juchant sur le bord du bassin, il ponctue chaque gorgée d’eau d’une ronchonnade bien sentie.

Rassurés par sa présence, un vol de pigeons huppés arrive à son tour, d’autres kangourous sortent des fourrés. Ils sont venus par deux, par trois, mais jamais seuls.

Kong Bore



Cela fait plus d’une heure trente que je les observe avec plaisir. Le soleil se rapproche de l’horizon, les teintes se font sanguines. Il n’y a plus assez de lumière pour prendre de bons clichés, mais je n’ai pas encore envie de quitter ma cachette. Des hautes herbes deux « roos » arrivent encore, l’une des bêtes paraît immense. Cette fois-ci poins timorés, sûrement poussé par la soif, le couple de kangourous rejoint rapidement le point d’eau. Le visage camouflé derrière une fine branche d’eucalyptus, je détaille leur port altier, de grands yeux bruns protégés par de très longs cils noirs, une musculature d’athlète. Il doit faire 1m60 ! Soudain, la minuterie de mon petit appareil photo déclenche bruyamment la fermeture automatique du zoom et des commandes. Dans l’instant même, le grand mâle fait un bond de côté, ses pattes claquent au sol comme un coups de fusil. Instinctivement je rentre la tête dans les épaules, le branchage qui me dissimule me paraît bien dérisoire. A peine trois mètres nous séparent. L’animal me fait face, ses longues oreilles braquées dans ma direction. Il se tient penché en avant, ses bras puissants terminés par de longues griffes sombres. Il râle et souffle en me regardant droit dans les yeux à travers les feuillages. Je distingue ses narines qui frémissent, ses iris horizontaux qui me fixent sans ciller. Il pourrait m’atteindre en un seul bond, je l’estime à quelques soixante dix kilos. Doucement je baisse les yeux, puis la tête, aussi immobile qu’une statue de pierre. Pendant quelques secondes, je l’entends encore respirer, puis il réitère sa manœuvre d’intimidation frappant brusquement le sol de ses pattes arrières. Je n’ose plus le regarder. Quelques longues minutes s’écoulent, puis sans crier gare, ils détalent tous les deux dans un petit nuage de poussière. La nuit doucement envahie le jour, au campement devant mon petit feu, je distingue en contrebas les silhouettes des dingos qui à leur tour furtivement viennent se désaltérer. Je ferme les yeux et mille images m’assaillent, la plus récurrente, le regard du grand Mâle. Le sourire aux lèvres, je contemple les étoiles qui naissent pour accompagner ma nuit. Ce fût une journée magnifique.

lundi, juin 15 2009

Harts Ranges - Les anciennes Mines de Mica.

Les minéraux comme les trésors se recherchent d’abord dans les livres. Plusieurs mois avant mon départ, j’avais déjà glané nombre d’informations auprès du Département des Mines et des Energies du Territoire du Nord. Les Harts Ranges semblaient receler de nombreux gisements accessibles, or, zircons, grenats, sans compter les anciennes mines de mica, dont l’exploitation, commencée dans les années 1888 n’aura duré qu’un demi-siècle. L’accessibilité périlleuse des sites, le manque de route, d’arbres pour étayer, l’instabilité du marché de l’époque, mais surtout le manque d’eau seront venus à bout des hommes les plus téméraires. Armée de cette documentation et de cartes topographiques précises, le voyage commença donc plus tôt que prévu, sur le papier.

Harts ranges - N.T.

Neuf juin, j’arrête mon 4X4 sur la Plenty Highway, la piste ocre clair s’enfonce dans la plaine. Au loin, je découvre enfin les contours des montagnes, celles-là même dont j’avais en rêvant sur mes cartes, suivit les sommets du doigt. Contrairement aux terres situées à l’Ouest d’Alice Springs, ici nulle habitation visible, pas un touriste. Et si cette plaine déjà à six cents mètres d’altitude ne rend pas la grandeur du relief qui culmine à plus de 12OOm, le paysage reste sommes toutes à la hauteur de mes espérances. Tout semble démesuré, sur la terre comme dans le ciel flotte un parfum d’aventure et de liberté. Je remonte avec entrain dans mon véhicule et démarre sur les chapeaux de roues. Ici la vitesse n’est limitée que par l’état de la route. Comme une enfant, je souris à la vue du panache de poussière continu que je laisse derrière moi. Pied au plancher, le 4X4 survole les ondulations du sol à pleine vitesse, vibrant à peine. Je pourrais conduire pendant des heures. La piste se met bientôt à longer les contreforts du massif, les montagnes m’apparaissent alors encore plus arides et désolées. Après cinquante kilomètres, je bifurque au sud, une pancarte constellée d’impacts de balles annonce : « fossicking area ». Sur le premier tronçon, de part et d’autre de la route étroite partent de nombreux embranchements. Pensant au retour, je note consciencieusement leur emplacement, direction, kilométrage et relief.

Harts ranges - N.T.

Très vite le sable fait place à la rocaille, le chemin se rétrécit, juste deux traces de pneus parallèles. A mesure que je gravis la montagne, l’avancée se fait de plus en plus précaire, les cailloux de plus en plus gros. Dès qu’il m’est possible de parquer sans danger la voiture en dehors de la piste, je continue à pied pour reconnaître le terrain, jusqu’au prochain site dégagé. Première longue de rigueur, seconde de temps à autre, le 4X4 navigue au pas entre les montagnes abruptes. La poussière même au pas, fait déraper les pneus sur les rochers. La pente se fait bientôt si raide qu’il me faut souvent me lever sur mon siège pour apercevoir le chemin, tantôt bordé de précipices ou de rocs saillants. Soudain, au détour d’un virage, j’arrive au sommet d’une colline pointue, la piste se termine par un terre-plein dégagé d’à peine 25m2, mon emplacement de camping !

Haut dans le ciel, plusieurs aigles à queue cunéiforme planent inlassablement. Devant moi, de l’autre côté d’une petite vallée encaissée, des kangourous gambadent à flanc de montagnes, non loin des déblais de « La Disputée ».

Harts ranges - N.T.

Je repère d’autres mines de mica près de la ligne de crêtes. Il est 16h40 et déjà le soleil a disparu derrière la montagne. Un vent frais et continu c’est levé qui me fait frissonner. En frappant du pied le sol dur comme du marbre, je jette un regard sous-entendu à mon 4X4, je ne déplierai pas la tente ce soir. Le soleil est couché depuis une demi-heure et pourtant venant de l’ouest, subsiste une clarté diffuse qui met en relief chaque sommet, presque une lueur de néon, puis tour à tour les étoiles s’illuminent pour prendre la relève. Je ne sais si c’est l’altitude ou la limpidité de l’air, mais du haut de la colline, allongée sur le toit de la voiture, j’ai réellement l’impression d’être dans l’espace. Le froid m’a rabattu dans mon véhicule où j’ai dîné d’une boite de conserve froide : « noodles and meat balls », c’est comme des raviolis, sauf que la viande est à l’extérieur. Après déjà plusieurs jours sans vraies douches, je me sens un peu cradot. Cela me fait penser à Mad MaxII, lorsqu’il mange sa boite de Canigou en haut de la colline. Il faut dire que c’était un film australien !

Dix juin, j’ai emprunté les anciens chemins de chameliers pour rejoindre les mines. L’entrée de « La Disputée » est relativement vaste mais le fond est tapissé de galeries basses qui partent dans tous les sens. L’odeur est l’une des premières choses que l’on remarque, ça sent le fauve. Je suis tombée nez à nez avec un wallaby, petit marsupial d’une agilité étonnante d’une dizaine de kilos. Il est resté immobile pendant deux minutes avant de disparaître dans une infractuosité. Je ne sais pas combien ils sont, mais je les entends se déplacer dans les galeries. Des bruits feutrés me parviennent de toute part .Je n’ai pourtant pas été plus en avant, les plafonds ne sont pas étayés et la stabilité toute relative des rochers peu engageante.

Harts ranges - N.T.

En l’absence de sentiers, j’ai visité non sans peine plusieurs autres mines de part et d’autre de la ligne de crêtes. L’ampleur de ces chantiers, réalisés au début du siècle dernier, à la pelle et à la pioche ne peut que forcer le respect. Loin de toute civilisation, la vie n’a pas du être facile dans ces contrées hostiles. Je me demande même, comment diable ces pionniers ont-ils eut l’idée de venir prospecter par ici ? Je les imagine, guidant leur caravane de chameaux à flanc de montagne, certainement aidés par quelques Aborigènes, les seuls à posséder la science de la terre et aptes à trouver l’eau vitale pendant les longs mois de sécheresse. Parce qu’en juin, au début de l’hiver, l’endroit me paraît déjà incroyablement inhospitalier, du moins pour s’y établir un moment. Ici la moyenne annuelle des précipitations est de 250mm, juste la hauteur de deux doigts pour une année entière. Pendant l’été, lorsque le thermomètre flirte entre 40 et 50°, la vie doit être un enfer, plus de végétation, plus de gibier, ils avaient des tripes ces gens-là ! Moi qui me faisais une joie d’avoir gravit seule la montagne, avec mes cartes détaillées et mon beau 4X4, j’ai un peu honte de ma fierté.

Le soleil brille au zénith, du haut du Mont Palmer le panorama est fantastique. Trois formations longilignes et parallèles se déploient à mes pieds, toutes aussi grandioses les unes que les autres. Dans les tons paille, ocre et brun foncé, certains reliefs comme le dos d’animaux préhistoriques émergent d’un océan pétrifié. La plaine au-delà se perd à l’horizon, immense comme le ciel qu’elle reflète, aussi lisse qu’un miroir, presque aussi bleue.

Harts ranges - N.T.

La descente se révèle toujours plus périlleuse. Près du piton de quartz qui m’avait servit de repère sur la ligne de crête, je cherche des yeux « La disputée » en contrebas. Mais les niveaux inférieurs de la montagne sont masqués par d’imposants surplombs, j’ai du mal à reconnaître le terrain. Pourtant d’après ma boussole, la mine doit se trouver plus bas dans cette direction. Si j’ai pu monter par-là, je dois bien pouvoir y descendre ! Les pentes sont couvertes de rocaille et de spinifex, de hautes herbes qui piquent même à travers le jeans et cassent sous la peau. Les rochers instables font déraper mes pas, je suis bien contente de trouver quelques arbrisseaux auxquels je puisse me raccrocher. Limite varappe, les muscles tremblent un peu, mais la descente se fera finalement sans encombre. Je récupère les spécimens de minéraux que j’avais laissé à la mine, cristaux de quartz, nodules de grenat, biotite, mica. Et même si je ne me suis pas assez spécialisée pour estimer à sa juste valeur la richesse géologique des Harts Ranges, mon cœur aura su en apprécier l’incroyable beauté.

Harts ranges - N.T.

dimanche, juin 14 2009

Le centre rouge : en route pour l'aventure !

Dans les années 1860, les nouvelles colonies au Sud de l’Australie décidèrent qu’il était impératif, pour s’ouvrir au monde, d’explorer le centre de leur vaste pays. L’enjeu était d’y découvrir une route qui permettrait le passage d’une ligne télégraphique pour rallier Darwin, et par le biais de l’Indonésie établir le contact avec cette bonne vieille Europe. Six ans d’acharnement et de nombreuses expéditions furent nécessaires à John MC Doual Stuart pour venir à bout des ces paysages inhospitaliers.

La chaîne des MacDonnell Ranges barre le centre du continent d’Est en ouest, la ville d’Alice Springs fût établie au beau milieu de la seule brèche exploitable dans ces montagnes arides. Au Nord s’étirent encore quelques chaînes parallèles aux MacDonnell puis au-delà, une plaine infinie. Darwin se situe à 1491km, Adelaïde à 1544km au Sud, à l’Est le désert rouge de Simpson, à l’Ouest le grand désert de sable. Le climat aride ne permet pas aux grands arbres de pousser ici, excepté le long des rivières, même si à cette époque de l’année elles ne charrient plus que du sable. La végétation arbustive dépasse que rarement deux mètres de haut. En réponse aux températures estivales extrêmes, la nature a doté la plupart des plantes de petites feuilles, d’épines et de piquants en tous genres. Les herbes sont blondes mais pas encore cassantes. L’été dernier, par endroit, le thermomètre est monté jusqu’à 56° à l’ombre. En ce début de juin, l’indicateur de risque d’incendie à la sortie d’Alice annonce : attention, très haute probabilité.

Plenty Highway

Gemtree, 150km au nord-est de la ville et déjà un goût de bout du monde, juste à la lisière de la plaine et des dernières chaînes de montagnes, les Harts Ranges. Plenty Highway, drôle de nom pour une route qui se résume à une voie unique bitumée sur seulement 90 kilomètres pour continuer par une immense piste de terre tantôt rouge, tantôt crème pleine de trous et de bosses.

Les gens ici sont comme le pays, plutôt grands et secs et d’une réelle gentillesse. Le camping est rustique, tout comme la tenue vestimentaire de Graham le propriétaire. Il précède mon 4X4 pour me trouver un emplacement pour la nuit entre les bosquets de mulga, chevauchant dans un nuage de poussière une pétrolette orange digne de l’époque des pionniers, il a une dégaine fabuleuse. Vieux fourneau à bois pour les douches, électricité au groupe électrogène jusqu’à 21H et énorme stock de bois mort pour les barbecues qui sont ici de rigueur. Le décor est planté, des dizaines de cacatoès roses virevoltent autour de ma tente. C’est mon anniversaire et mon premier jour de vacances, seule, assise sur un rondin, je savoure mon thé avec un sourire qui me fend le visage d’une oreille à l’autre. J’adore cette région ! Il est 5h30 lorsque j’ouvre un œil, dans la tente le froid est immobile. En juin les nuits peuvent être glaciales. J’ai été prévoyante hier soir, jeans, sweat-shirt et chaussettes, tout se trouve au chaud entre duvet et matelas mousse.

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A peine éveillée, il ne me faut que quelques instants pour m’extraire de mon sac de couchage et sauter dans mes vêtements. Dehors il fait encore nuit noire, le ciel est constellé d’étoiles. J’expire à chaque souffle un petit nuage de vapeur, la température avoisine zéro degré. Quant à mon estimation horaire sur le levé du soleil, elle paraît plus qu’erronée. Tant pis, j’allume un petit feu, y jette une poignée de feuilles sèches d’eucalyptus. La fumée se parfume presque instantanément, m’enveloppe et disparaît. Je n’ai jamais pu, moins de trois fois, répéter cette opération, les vacances s’est se faire plaisir. Une vieille casserole noircie toute cabossée, posée à même le feu pour un bon petit déjeuner en attendant le jour. La nature dort encore silencieusement. Assise sur mes talons, les yeux rivés sur la danse des flammes, j’ai l’impression que se réveille en moi une vie parallèle au quotidien insulaire. C’est ma personnalité profonde, libérée de toutes contraintes, qui peut de nouveau s’exprimer. La solitude dans ces paysages immenses force la confrontation avec soi-même. J’ai soif d’apprendre.

Kangourou roux

Six heures trente, aux premières lueurs du jour les oiseaux chantent la lumière retrouvée. Le froid mord la chair ce matin. Je me suis emmitouflée dans ma fourrure polaire (avec la capuche), mon K.way (avec la capuche), sans oublier en dessous foulard et casquette. Je pars explorer le petit sentier qui, du camping, rejoint la clôture sud des terres de Gemtree, distante d’à peine deux kilomètres. Le soleil émerge de l’horizon, peint en rouge le mont Pfitner au sud, teinte d’or chaque épi des hautes herbes blondes et rousses qui m’entourent. Il n’y a pas de vent, le ciel exempt de toute trace de nuage, l’espace illimité. Dans cet air sec, la terre exhale un parfum indescriptible, presque métallique mêlé aux senteurs poivre et camphre des arbustes environnants. Les narines dilatées, les yeux grand ouverts, je goutte la nature par chaque cellule de mon corps. Je me gave d’une énergie qui me rendrait presque transparente, je suis. Je me déplace en faisant le moins de bruit possible, j’épie les oiseaux. Certains dans les buissons, de la taille d’un pinson sautillent sans relâche de branche en branche, à rendre fou un photographe. Ils sont magnifiques ! A peine quelques grammes et d’un maintien princier. La tête haute, la queue relevée à 45°, leur plumage lance des reflets bleu métallique à chaque caresse du soleil. Les inévitables corbeaux sont présents comme les cacatoès et les perroquets en moindre nombre.

Gallah

Mais arrivée non loin de la clôture, c’est un bruit insolite qui me fait tourner la tête. Un grand kangourou au pelage roux surgit du levant comme une flèche. Ses pattes postérieures claquent au sol à chaque impulsion. Je m’immobilise. Deux bêtes à la robe aussi ambrée le suivent. Ils arrivent à toute vitesse, et ceux que j’ai pris un instant pour ses petits se révèlent être deux dingos qui lui donnent la chasse. Un troisième débouche à son tour des fourrés. Je n’ai toujours pas bougé. Dans le feu de l’action, à une quinzaine de mètres, ils passent tous devant moi sans même m’apercevoir. Le kangourou cherche la plaine pour échapper à ses poursuivants, il se dirige de biais sur la clôture, il ne l’a pas vu. Il percute les barbelés en pleine course et culbute dans la poussière. Je retiens mon souffle. Les dingos se rapprochent dangereusement, mais sans même que je ne puisse distinguer ses mouvements, leur proie est déjà de l’autre côté. L’animal repart vers l’est, le troisième dingo qui était en retrait essaie alors de lui couper la route. Mais dans la plaine ils n’ont aucune chance. Les grands kangourous sont capables de faire des pointes à plus de 55km/h et en terrain découvert, de maintenir une vitesse de 20 à 30km/h plusieurs heures d’affilé. Les chasseurs abandonnent.

La langue pendante, ils rebroussent chemin au petit trot. Je n’ai toujours pas bougé, et en m’apercevant, ils stoppent incrédules, comme si j’étais tombée du ciel. Ils hésitent quelques instants cherchant mon odeur en humant l’air de gauche à droite. Les dingos pure race ont gardé vis à vis de l’homme, la méfiance instinctive des bêtes sauvages. Ils décidèrent alors de m’éviter et sans se presser regagnent les broussailles. Plus loin là-bas, leurs congénères hurlent comme des loups, peut être savent-ils déjà qu’ils n’auront pas de kangourou au petit déjeuner !

Près de la clôture où l’herbe est écrasée, seule subsiste une touffe de poils roux prise dans les barbelés, comme pour refermer cette page du livre du bush. J’aime les journées qui commencent ainsi, où la nature est plus que généreuse.

Mont Riddock

8H45, Graham nous conduit au gisement de zircons sur les chapeaux de roue. Les deux voitures oui me précèdent soulèvent un nuage rouge, mais de toutes façons il est impossible de ralentir tant la route par endroit ressemble à de la tôle ondulée. Le convoi formé de nos six véhicules arrive au bout de huit bornes sur une vaste plaine parsemée de quelques arbres: Mud tank Zircon field.

Le temps est magnifique, le ciel uniformément bleu. L’endroit est vaste et relativement plat, le long de la piste cours un ruisseau asséché bordé de quelques arbres, loin au sud, les premières montagnes se découpent sur l’horizon. Autour de nous, le sol est constellé de trous et de fossés, de vieux fûts de deux cents litres coupés en leur milieu et d’espèce de petits portiques plantés sur des monticules de graviers. A peine avons nous sorti le matériel des voitures que Graham nous rappelle en riant que nous ne sommes pas là pour admirer le paysage.

Mud tank Zircon field

Ce n’est pas la première fois que je viens à Mud Tank avec l’équipe de Gemtree, j’ai donc la chance d’être sa partenaire pour la démonstration. Le sol recèle de nombreux types de minéraux, mais l’Apatite jaune vert et la Titano-magnétite très dense aux cristaux pyramidaux sont assez facilement reconnaissables, le Zircon leurs est souvent associé. Fort de ses informations, il choisit l’endroit où attaquer la tranchée existante à la pioche, dans les yeux de mes compatriotes d’un jour, rassemblés autour de lui, la convoitise est en train de naître. Quelques coups de pelle pour remplir de gravats le seau en ferraille, puis le tout est transvasé dans le plus grand des tamis perché à bonne hauteur sur une armature métallique. Ensuite il secoue énergiquement l’ensemble afin de séparer la terre des graviers et cailloux divers. Cela semble bien facile, mais je sais par expérience qu’au bout d’une heure, la densité du matériau rend chaque mouvement déjà beaucoup plus pénible.

Graham remplit maintenant nos deux plus petits tamis, nous lavons de concert notre récolte dans les deux demi-fûts remplis d’eau qui m’ont été attribués. A côté sur un haut tonneau, j’ai calé ma large plaque blanche, il y dépose les graviers lavés. Dix paires de yeux ronds comme des billes y convergent sans retenue. Il faut savoir choisir son angle de vue par rapport au soleil, s’il est judicieux, les particules ou cristaux de Zircon capturent les rayons de lumière, une lueur orangée apparaît sur la blancheur de la planche de tri. Et comme la terre australienne est généreuse, le premier spécimen est un éclat de minéral translucide de première qualité bon pour la taille. Le sourire apparaît sur toutes les lèvres. Le Zircon passe de mains en mains et fini sa course dans ma boite de conserve. Cette première pierre je l’ai fait tailler sur place et la porte encore au doigt aujourd’hui.

Zircon

Mais pour l’instant, maintenant que tous ont compris la technique, ils n’ont qu’un seul désir : se mettre à leur tour au travail. Graham reste une bonne heure à nos côtés, prodiguant conseils et astuces, tour à tour à chacun d’entre nous. Après son départ, et jusqu’à l’heure du déjeuner, le silence sera ne sera rompu que pas des coups de pioches et des bruits de tamis secoués. Chacun semble usiner en secret dans son coin, l’atmosphère ressemble presque aux salles de classe, en pleine interrogation écrite.

Sur mon coin de tranchée, j’ai mis à nu une zone intéressante, pleine de cristaux de titano-magnétite formant des petites pyramides parfaites et par endroit carrément des agrégats massifs. Ce minéral de haute densité est excessivement lourd et résistant, mais qu’à cela ne tienne, ma pioche aussi est massive. Je prends du recul et évalue la trajectoire, bien décidée à pulvériser ce rocher encombrant. L’outil en main, le socle posé derrière moi, je prends deux bonnes respirations et lance mon attaque. Avec toute la force dont je suis capable, je projette le fer dans une violente révolution, la lourde pointe en acier passe au-dessus de ma tête pour aller s’abattre en plein sur l’objectif. La seconde suivante, j’ai l’impression que tout mon corps est parcouru par une onde de choque terrible, digne des dessins animés comiques. La pioche est toujours posée sur le rocher, le pique a à peine entamé le minéral. Mon voisin de travail, qui fait équipe avec sa sœur, en est plié de rire !

Mud tank Zircon field

En fin d'après-midi je leur ai fait part de mon intention d'aller le lendemain crapahuter dans les Harts Ranges pendant quelques jours. Un gars qui aurait pu être le fils des ZZ top m'a donné de précieux renseignements en examinant mes cartes topographiques afin de retrouver les anciennes mines de mica. La soirée devant le feu fut fort agréable avec un frère et sa soeur originaires de Victoria. On a parlé de tout et de rien, mais surtout on a rigolé jusqu'à 22H, ensuite les courbatures de cette rude journée nous ont renvoyé au lit.