
Tant pis pour les kilomètres supplémentaires, il faut que je voie au moins une fois la mer de la côte Ouest. Je pensais devoir rouler jusqu’à « 80 Miles Beach », et Oh ! Miracle ! Juste avant de m’arrêter à « Pardoo Roadhouse » pour le ravitaillement, je vois une piste indiquée : Cap Keraudren ! Je prendrais une photo, des fois que je retrouve la trace de Didier. (Didier Keraudren, mon copain breton !)
En tous les cas, je suis bien contente. D’ailleurs à partir du Pardoo le sable devient ocre rouge et il n’y a rien que du bush à perte de vue. Il paraît que le grand désert ressemble un peu à ça, en plus miteux par endroits. Bref, avec tout cela, je devrais pouvoir passer mes derniers jours de vacances au bord de la mer. C’est quand même hallucinant, au camping de la roadhouse il y a au moins 15 gros 4X4 avec caravane (moyenne d’age 65 ans). Je me demande ce qu’ils peuvent bien faire dans la journée. Certains ont même l’air bien installé, à ce demander qu’elle idée leurs à pris de venir passer leurs vacances dans un endroit oû il n’y a rien ! Ha ! J’allais oublier, en venant j’ai vu un énorme chat sauvage qui traversait la route, un genre de Sherkan mais beaucoup plus gros. Ce soir au camping j’ai passé deux heures à discuter avec deux routiers de « Road train » super sympas, je ne connais même pas leur prénom. C’est rigolo, mais dans les endroits paumés, vu que l’on sait que l’on a peu de chance de se revoir un jour, ça n’a pas vraiment d’importance.

Dimanche 20/06 Cap Keraudren, c’est pour ceux qui sont en veine ! Ce matin, marrée haute c’était rudement joli au cap, avec des rochers acérés comme des couteaux, beaucoup de vent et la mer bouillonnante, super ! Et puis, voilà qu’il y a en plus plein de kangourous ! Je rêve ! Côté sud, les rochers se prolongent puis la mangrove s’installe peu à peu pour former une grande baie, avec des crocodiles paraît-il, côté sud, c’est la plage à perte de vue. Mes deux camionneurs m’avaient dit qu’il y avait des huîtres au cap, tu parles à marée basse j’en ai mangé plein. D’ailleurs mon marteau de géologue est très efficace pour sortir les huîtres des rochers.

Il y a aussi de jolis coquillages à ramasser et plein d’éponges sur la laisse de la marée. J’aimerais bien ramener quelques spécimens mais je vais plutôt faire des croquis, mon sac est déjà suffisamment plein ! Et puis en revenant du côté « rocher » pour admirer le coucher du soleil, je me suis aperçu que des kangourous, il y en a partout ! J’en ai au moins vu une cinquantaine, idem pour les moustiques depuis que le vent est tombé. Ha ! J’ai aussi vu une super grosse tortue de mer, et j’ai trouvé à la Roadhouse un kit de couture pour réparer mon jeans ! J’ai flâné toute la journée de 8H à 18H, je crois que je vais bien dormir.

Mardi 22/06 Aux aurores, je suis allée à la Roadhouse pour faire le plein de coca, gâteaux et autres, il y avait encore plein de kangourous partout. A 7H c’était marée basse, je suis allée au cap sur les derniers rochers, j’ai trouvé de superbes huîtres, même au petit déjeuner c’est un régal. Dans les bassins laissés par la mer j’ai vu plein de coraux mous ainsi que d’autres trucs mous totalement inconnus. J’ai ramassé de beaux petits galets, j’adore ramasser des trucs sur la plage en regardant gambader les kangourous. J’ai aussi comme d’habitude discuté avec mes voisins de camping retraités qui sont d’ailleurs adorables. Ce n’est pas étonnant d'avoir trouvé la marée impressionnante, il y a ici plus de sept mètres de marnage.

J’ai encore vu une tortue marine, à marée montante c’est un vrai bouillon au cap, il semble y avoir toujours du vent, les vagues se brisent sur les rochers pointus couverts d’huîtres et rencontrent de front celles qui les suivent au retour. Je n’aimerais pas tomber à l’eau ici, en plus s’il y a des crocos…
Tiens, un p’tit roo qui passe sur les rochers. Bonne petite après-midi tranquille, j’ai fini par bien réparer mon jeans ensuite je suis allée regarder les kangourous chez mes gentils voisins « Caroline et Beaven » qui les nourrissent tous les jours. On a discuté jusqu’à 16H30. J’espère que la marée sera suffisamment basse avant la nuit pour aller me gaver d’huîtres… Et bien oui, je n’ai pas pu aller jusqu’aux rochers éloignés mais le bas de la falaise était déjà découverte. Je n’ai jamais mangé autant d’huîtres de ma vie, je ne sais pas si c’est le fait de las manger sur-place mais, elles sont vraiment D-E-L-I-C-I-E-U-S-E-S ! D’ailleurs je crois que la marée basse est à huit heures demain matin ! ! ! En revenant à la voiture, j’ai vu deux énormes pélicans, un aigle de mer et 25 kangourous bien sur !

Petite histoire : il paraît que si jamais tu te fais attaquer par un gros kangourou, il faut te mettre en boule, tête rentrée protégée par les bras. Comme cela au lieu de t’attraper par les épaules et de t’éventrer avec ses pattes arrières méga puissantes, il va juste te sauter dessus à pied joint plusieurs fois de suite ! ! ! Cool, c’est bon à savoir. Je rappelle tout de même que les gros roos peuvent peser plus de 80 kilogrammes ! ! !
Mercredi 23/06 Levée 6H15, soleil 6H37, départ 6H45. Je me suis baladée sur le rivage, j’ai encore bâfré. Je ne sais même plus combien d’huîtres j’ai mangé ? Mais là, une de plus je ne pourrais pas ! J’ai joué avec un bébé pieuvre, nourrit des oiseaux de mer, vu aussi six gros pélicans, je ne parle plus des kangourous… J’ai fait encore une causette avec Caroline et Beaven qui partaient en ballade à pied, ils sont vraiment adorables ces deux-là.

Je viens de me faire une superbe ballade de cinq heures. Aller par le « bush » et retour par la plage, un vrai bonheur. J’ai vu encore des fleurs que je ne connaissais pas dont j’ai pu prélever quelques graines, plein de jolis oiseaux. Une journée saine et sportive, et dire que demain midi il faille déjà partir. Demain je ferais ma dernière nuit près de la « Degrey River », j’en profiterais pour tout nettoyer, la voiture est relativement cradingue. Ce soir comme c’est le dernier ici j’ai eut de la chance. J’avais mis des bouts de pommes autour du 4X4 et pendant que je dînais assise à l’avant du véhicule, portière ouverte, le petit kangourou tout roux qui traînait dans le coin depuis quelques temps est venu à moins de trois mètres de moi et est resté là un bon moment pour manger aussi. Dommage c’est toujours sur la fin que le meilleur arrive ! Et puis juste au coucher du soleil, le paysage à l’est était magnifique. La mer dans la baie semblait blanc nacré, le sable au loin beige saumoné et le ciel dégradé en partant de l’horizon bleu délavé, violine, rose, orangé et enfin un dernier fondu pour repartir dans les bleus.
Finalement j’aurais vu un peu de tout comme paysage et surtout des gens vraiment adorables partout. Je crois que dès que l’on se retrouve au milieu de nulle part, les gens sont ouverts à beaucoup plus de choses. Ca fait du bien au corps et à l’âme. Je serais bien restée un peu plus longtemps, comme quoi ! Il faut toujours écouter son instinct.

Jeudi 24/06 5H30, l’aube se lève, une lueur orangée éclaircit l’horizon. Vénus se lève aussi, énorme au-dessus de l’océan. De l’autre côté, la constellation du scorpion a pratiquement disparu, il ne reste visible plus qu’un morceau de sa queue. La voie lactée s’efface doucement, presque couchée au raz de l’horizon du nord au sud. Une dernière étoile filante pour lancer la journée. Dehors comme chaque matin le vent est bien établit E-S/E et la température s’en ressent, il fait relativement froid. Les vitres ouvertes de la voiture m’en donnent un aperçu, j’avoue que je n’ai pas trop envie de sortir de mon sac de couchage. La mer a déjà commencé à descendre, elle devrait être basse vers 8H30, donc rien ne presse.
A l’est l’horizon s’éclaircit de plus en plus, orange, bouton d’or se fondant jusqu’au cyan clair. Un bleu diaphane, devenant de plus en plus dense pour rejoindre enfin le bleu de la nuit à l’ouest. Tiens, il y a mon petit copain le rouquin qui arrive, il est accompagné d’une maman avec son petit. Ils sont à une dizaine de mètres de la voiture, un quatrième est arrivé, « P’tit roux » et lui se bastonnent debout sur leurs pattes arrières, on dirait de jeunes chats en train de jouer. Le soleil n’est toujours pas là (6H28), il fait complètement jour et ça gambade de partout dans les hautes herbes. Devant moi un gros pélican vient de survoler le cap, le ciel pâle recommence à rougir, le soleil arrive.
Avant de quitter les lieux, je suis allée faire un petit tour à la pointe, je commence à être saturée, je n’ai pu manger que quinze huîtres ce matin. Ensuite au revoir à Caroline et Beaven (gloups !), et c’est reparti.

Je me suis arrêtée au passage de la « Degrey River ». Il y a un peu trop de monde à mon goût, mais bon ! Ca m’a permit de nettoyer « Georges », bonjour la différence. J’ai aussi fait la lessive, surtout mes chaussettes qui commençaient à vraiment sentir le bouc et je me suis même fait un shampoing, la totale ! Ensuite ballade le long de la rivière, je me souvenais avoir lu qu’il y avait de jolies pierres, j’ai trouvé quelques chouettes bouts d’agate. Du coup, j’ai hâte d’être à demain matin pour y refaire un petit tour. Le coin est très sympa (sans le monde), plein de gommiers à écorce de papier, plein d’oiseaux, même des canards !
Vendredi 25/06 Gloups ! Gloups ! et re-gloups ! C’est dur la fin des vacances ! J’ai fait du feu pour le petit déjeuner puis quatre heures de ballade sur la rive nord de la rivière. J’ai encore trouvé plein d’agate, j’ai les boules parce que je ne peux pas toutes les ramener. Encore de belles images ce matin, des arbres magiques, des hérons, des faucons plus d’autres espèces que je ne connais pas. Collecter des trucs dans la nature, quoi que ce soit, voilà ce qui me botte le plus. C’est comme le bienfait du jardinage, en moins fatigant.
Dans l’après-midi j’ai pris la route du retour, direction Port Hedland, demain je prends l’avion de bonne heure pour Sydney via Perth. Je finis ici mon petit carnet, la ville ça ne m’a jamais apporté l’inspiration !


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