West MacDonnell Range - Ellery Creek
Par Caroline le vendredi, juillet 17 2009, 23:03 - Red Center - Lien permanent
La première surprise à Ellery Creek est l’entrée du petit camping rudimentaire. On y trouve qu’une espèce de boite postale métallique. En sa partie supérieure, dans un coffret étanche, des enveloppes sont à la disposition des visiteurs. On y inscrit son nom, le numéro d’immatriculation de son véhicule et la durée de son séjour. A raison de cinq dollars australiens par jour, la somme due doit être cachetée dans le pli et le tout glissé dans la partie inférieure de la boite. Il n’y a ni bureau, ni âme qui vive à la ronde, le premier poste de Rangers doit se trouver à plus de quarante kilomètres de là. Mes compatriotes ne me contrediraient pas, en France, dans un endroit si isolé, personne ne paierait. Et si quelques-uns uns d’entre eux avaient subitement perdu le goût de la resquille, les suivant rattraperaient l’affaire en dérobant le contenu entier de la boite.
La rivière Ellery au cours des ages a creusé une brèche évasée dans la ligne de crêtes de la chaîne des West MacDonnell, en hiver lorsque le cours d’eau s’assèche, un profond point d’eau subsiste aux pieds des collines. L’endroit n’est pas spectaculaire, mais aux aurores il se pare d’une atmosphère quasi divine. De chaque côté du défilé, deux gommiers au feuillage gris bleu se découpent avec une netteté surprenante sur un fond de roches orangé. Leurs troncs blancs transparaissent dans l’ombre comme des fantômes torturés Assise face aux reliefs au bord de l’eau, j’assiste à la naissance du jour. Le ciel diaphane aux premières lueurs tourne au bleu pâle sans texture.

Pas le moindre souffle d’air, pas un bruit, la surface du bassin aussi lisse qu’un miroir. La nature s’y reflète dans toute sa splendeur. Le tableau est d’une telle perfection que je n’ose bouger, de peur de rompre le charme. Immobile au pied d’un bosquet, seule mon âme se meut, s ‘envolant dans un décor qui parait immuable. Et si les scientifiques aujourd’hui, soupçonnent un univers dont le nombre de dimensions serait au moins supérieur à dix, il me semble qu’elles se trouvent ici toutes représentées. Il est doux de s’évader, de se laisser bercer en toute quiétude dans une nature dont la beauté a atteint le sommet de son art. Doucement, au même rythme que le jour, la vie s’éveille. Le plan d’eau se trouble par endroit, de petits poissons au ventre rond, de leur bouche dessinent des arabesques en surface. Non loin de moi, sur la rive, deux corbeaux viennent prudemment se désaltérer. Après quelques longues gorgées, ils s’envolent en direction des gommiers, leur image les accompagne sur la surface miroitante du bassin. A ma droite, un couple de perroquets déambule à terre à la recherche de nourriture. L’un d’eux déterre un énorme ver qu’il engloutit goulûment sous les cris et jérémiades de son partenaire, le partage n’est pas de rigueur ce matin. L’air exhale une odeur enivrante, de terre et de Mimosa. La saison précoce cette année a fait éclore des millions de petites fleurs duveteuses au parfum délicat. Après une heure de parfaite quiétude, je quitte mon observatoire à regret, mais il me semble soudain que du haut des collines la vue doit être superbe.

Le plan d’eau occupe toute la zone de la brèche dans les montagnes et les parois abruptes du défilé interdisent l’escalade à main nue sans matériel adéquat. J’aimerais bien découvrir quel paysage se cache derrière la chaîne longiligne des MacDonnell. Je m’éloigne du bassin à la recherche d’un passage sur les pentes voisines. Soudain, je me fais surprendre par une cacophonie mouvante, un vol d’une vingtaine de cacatoès noir et rouge arrive comme un tourbillon. Ils s’abattent sur un arbre un instant, semblant semer pagaille et discorde, puis aussi soudainement re décollent pour une destination inconnue. Après quelques minutes de marche, le versant de la colline me semble moins pentu, les rochers plus propices à l’ascension. J’arrive non sans peine non loin du sommet pour rencontrer une muraille de plusieurs mètres du haut. Il me faudra plus d’un quart d’heure pour trouver un passage, une petite faille parallèle au relief. J’ai l’impression d’escalader une cheminée, tous les muscles de mes jambes se mettent à trembler, ce n’est que grâce mon caractère relativement têtu que je me hisse enfin sur les hauteurs. J’ai déniché une zone presque plane qui surplombe le plan d’eau, le point de vue valait mes efforts. Après les plaines, des chaînes montagneuses s’alanguissent à l’horizon comme d’énormes serpents assoupis. Quelques aigles planent très haut dans le ciel, sans un battement d’ailes, comme suspendus dans l’espace. De mon sac à dos, je sors mon déjeuner, mon bloc notes et mon carnet à dessin. Rien ne presse, tout ici invite à prendre son temps. Après une petite sieste méritée, j’explore les crêtes et trouve rapidement une voie plus aisée pour redescendre. Je longe une veine de roches pourpres, les pierres roulent sous mes pas, provocant de petits éboulements.

Alors qu’un gros caillou fini sa course en heurtant une longue dalle plate, une tête allongée émerge de l’ombre. Croyant avoir à faire à un gros lézard, je m’approche rapidement l’appareil photo en main. Mais le corps du reptile n’en fini plus de sortir, révélant un long serpent qui se dirige sans peur sur moi. Vert olive, les écailles bordées d’un ton plus soutenu, il est magnifique. Je fais deux pas de côté pour m’éloigner de lui, et doucement il change sa trajectoire pour venir à ma rencontre. Ses yeux n’ont pas quitté les miens une seule seconde. Comme dans « le livre de la jungle », il semble me susurrer : « aie confiance-ce, dort mon gars ! » Pendant quelques instants, comme hypnotisée, je reste sur place. Lorsque j’arrive enfin à soustraire mon regard du sien, je me rends compte qu’il doit mesurer au moins un mètre quatre vingt. Tant pis pour la photo, je prends mes jambes à mon cou et détalle le long de la pente sans me retourner.
Quelques temps plus tard, alors que je visitais le Reptiles Center d'Alice Springs, je reconnus le serpent d’Ellery Creek : King Brown Snake, appelé communément Mulga Snake. Affichés sur le mur à côté du vivarium, des articles de journaux relataient quelques rencontres avec l’animal en question. Un conducteur de camion, alors qu’il changeait un pneu sur une piste de l’Outback fut attaqué par un Mulga Snake qui s’était glissé sous le véhicule. Le serpent visant les yeux, le mordit au visage. L’homme ne mourût pas sur le coup, mais ses chaires se nécrosèrent et il perdit la moitié de son visage dans les mois qui suivirent l’agression. L’année suivante, le poison comme une gangrène insidieuse eut raison du malheureux routier. Si tous les accidents n’étaient pas suivit de mort d’homme, les blessures engendraient toutes une profonde nécrose des tissus, souvent suivie d’amputation. Sur les hauteurs de MacDonnell La chance avait été de mon côté.






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