Le centre rouge : début de voyage incertain...
Par Caroline le dimanche, juin 14 2009, 07:37 - Red Center - Lien permanent
Le 4 juin, alors que nous étions encore à une heure de vol de Sydney, en provenance d’Auckland (Nouvelle Zélande), il est arrivé un fait relativement singulier.
La projection du film prenait fin, quelques passagers à l’arrière droit de l’appareil levaient déjà les stores de leur hublot. La pénombre fut brutalement transpercée par les rayons d’une chaude lumière couleur de miel. Instinctivement, je remontais aussi mon rideau, le soleil se levait sur une mer paisible de nuages cotonneux. A plus de huit mille mètres d’altitude le spectacle était magnifique et grandiose, d’une pureté extrême telle la naissance d’un monde. De mon côté, à l’opposé du levant, semblant flotter sur un océan de ouate, une étoile à l’éclat étrange attira mon attention.
« Ne m’avait-il pas semblé la voir littéralement s’allumer dans le ciel ? Non, elle devait déjà être là, je venais juste simplement de la remarquer. »
Encore un coup d’œil de l’autre côté, le soleil sortait à peine des nuages. Les couleurs semblaient palpables comme une espèce de brouillard et pourtant, certains rouges s’illuminaient d’une densité remarquable. A gauche en revanche, de mon bord, le ciel…
« On dirait que l’étoile brille beaucoup plus intensément, ce n’est pas possible ? Le jour qui envahi le ciel devrait produire l’effet inverse ! »
Je jette un coup d’œil dans la cabine, le Stewart l’air affable passe un plateau dans les mains, les gens dorment, lisent ou discutent. Retour à l’étoile.
« Je ne rêve pas, elle vient encore de grossir ! »
Maintenant que je la fixe, il me semble la voir se dilater à vue d’œil. Plus rapidement cette fois je regarde les passagers. Le Stewart repasse dans l’autre sens souriant à ceux qu’il rencontre, personne ne semble troublé. Mon regard s’affole de la cabine au hublot.
« Mon Dieu je le vois maintenant, ce n’est pas une étoile, c’est un avion qui s’approche de plus en plus vite. Mais il n’y a rien au sud-ouest de Sydney à plus de cinq cents kilomètres de la côte ? »
Plus il se rapproche et plus sa vitesse semble croître. J’ai les idées qui se bousculent et une désagréable sensation de froid derrière la nuque.
« Ce n’est pas réel ? » Mes cours de navigation me reviennent en mémoire. « Si un engin vient par bâbord avec un angle d’approche constant, c’est qu’il va fatalement croiser notre route, il faut se déporter. C’est exactement notre cas ! » Une date surgit dans mon esprit : « le 11 septembre, on va tous mourir ! » Le Stewart bavarde de l’autre côté de l’allée. « Je le distingue nettement maintenant, c’est un jet tout blanc. Il arrive sur nous trop vite, rien ne sert de les prévenir, nous sommes déjà tous morts ! »
Il est tellement près, il… Il vire brusquement presque parallèle à l’avant gauche de notre Boeing. Je vois parfaitement l’empannage du petit avion, aucun sigle. Il disparaît sous notre carlingue, mes pensées s’arrêtent. Je vis chaque seconde comme si ce devaient être les dernières. J’attends l’esprit si ouvert qu’il n’a plus de limites, j’attends l’impact...
Et les secondes s’écoulent. Comme un film qui se déroule au ralenti, je peux en capter chaque détail. Le Stewart est en train de parler gastronomie, mes voisins, de l’autre côté jouent aux cartes, il y a de la musique, un enfant qui pleure à l’arrière de l’appareil, une vague odeur de café. Dans la cabine tout est d’un calme ronronnant, les minutes s’égrainent, et puis rien. Les pensées se ré enclenchent.
« Qu’est-ce que s’est que ce délire ? Que c’est-il passé ? »
Vingt minutes passent. Une Hôtesse annonce une collation et bientôt notre descente sur Sydney. L’avion est loin d’être plein et pour une fois j’aurais aimé avoir quelques personnes autour de moi, pour en parler. J’ai besoin de réponses. Il m’a fallu attendre la fin du vol, à ma sortie de l’appareil, j’ai pris à part le chef Stewart pour l’interroger.
« Je n’ai pas rêvé, que c’est-il passé il y a une heure ? »
Il m’a juste répondu d’un sourire un peu crispé avant de l’éclipser : « Oui, quelqu’un d’autre nous l’a signalé également, mais ce n’était rien. Il n’était pas du tout sur la même route que nous ! »
A mon retour de vacances, un mois plus tard, une catastrophe aérienne occupait la Une du journal télévisé. Deux autres Boeings s’étaient télescopés inexplicablement en plein ciel. Soixante et onze morts.



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