Carnet de route AUSTRALIE

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samedi, août 15 2009

Ruby Gap Nature park

r Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Rugy Gap a été découvert en Mai 1886 par l'explorateur David Lindsay qui cru trouver des rubis dans le lit de la rivière , ce n'était malheureusement pour lui que des grenats. De nombreux prospecteurs envahirent un moment le site pour se rabattre très vite vers Artlunga oû de l'or avait été mis à jour. Ruby Gap Nature park se situe à environ 150 km d'Alice Spring en passant par Artlunga justement oû une réserve historique a été créee.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Mis à part un petit motel, quelques vestiges d'habitations et une sorte de petit musée à Artlunga l'endroit est plutôt désert. Il est necéssaire d'avoir impérativement un 4X4 passé ce point car si la piste semble bonne sur les premiers kilomètres, ce n'est qu'une illusion ! Les mois d'hiver sont également plus propices pour la visite car le terrain et les gorges s'innondent à une vitesse incroyable pendant les pluies. Il est possible toutes fois, grâce à un point téléphonique, de laisser ses coordonnées et durée de son séjour à Ruby Gap afin que l'on vienne vous chercher si il vous arrivait un problème grâve. N'oubliez pas cependant de rappeler à votre retour du parc pour dire que tout c'est bien passé ! Le site de Ruby Gap est vraiment isolé et peu fréquenté.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Et voilà, j'ai passé une superbe journée au parc et au retour de la ballade, Je me suis aperçue que J’avais une roue à plat. Demain, le 22, soit je repars sur Ross Highway, histoire de ne pas être la dernière sur-place, soit Je reste un Jour de plus et si l’unique couple de retraités s'en va et que j'ai encore un problème en route, alors là je serais vraiment dans la merde, on verra bien... Sinon après quarante kilomètres de piste dans la montagne et de toutes petites vallées on débouche sur un énorme lit de rivière aussi tortueux qu'un serpent, j'ai fait à peine cinq cent mètres dans le sable pour rejoindre le premier site de camping. Il n'y a d'ailleurs aucune facilité pour camper, pas d'eau, pas de douche, pas de barbecue à gaz. Mieux vaut venir avec son ravitaillement et deux roues de secours pour le véhicule. Ensuite mon sac a dos avec : à boire, à manger et en route pour la ballade.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

J’avais à peine fait deux cents mètres que je me suis faite klaxonnée par une vieille Landrover, conduite par un australien qui venait de travailler dans une exploitation à une soixantaine de kilomètres de là. Il m’a amené jusqu'à Glen Annie gorge. Je n'aurais Jamais cru une voiture capable d'aller par où il est passé. Ça a été drôlement sympa. Mis à part ce gars, je n'ai rencontré qu'un couple de retraités qui m'a gentillement offert le thé sur mon retour. c'est vraiment, par certains côtés agréable de voyager seule, tout le monde vient à vous. Le coin est vraiment Joli et impressionnant, et isolé aussi. Dans la première partie sur à peu près cinq kilomètres, il y a des falaises tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La base des rochers est jaune à marron-foncé, les strates parfois y sont plissées comme des vagues, c'est hallucinant ! Le haut est ocre et fracturé en forme de cubes, un peu comme à Orminston Gorge.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

Dans le lit de la rivière il y a des tonnes de fragments de grenat qui donnent des reflets pourpres au sable. A Glen Annie Gorge les parois sont aussi hautes, mais le défilé est beaucoup plus étroit. Il y a encore pas mal de bassins, l'eau couve parfois juste sous la surface du sable. Entre les deux, la rivière fait un coude assez dégagé avec de grandes poches d'eau. Il y a plein de joncs et de canards. J’ai vu également quelques têtes de bétail, des ânes sauvages que j’ai seulement entendu. Il doit y avoir aussi des dingos et des kangourous, le sable est couvert de leurs traces. Le vent est tombé, on dirait qu’il va faire moins froid cette nuit. Par endroits la nature revêt ici des couleurs étonnantes. Les rochers : du orange au pourpre, les Joncs : jaune à vert-fluo, les arbres à l’écorce blanche nacrée et au feuillage bleu cendré, un vrai régal pour les yeux. Et puis comme d'habitude pour un mois de juin, un grand ciel tout bleu.

Ruby Gap - Est MacDonnell ranges

samedi, juillet 25 2009

King canyon - Watarrka national park

Au centre de l’île continent s’étend un plateau immense, il fût jadis le lit sablonneux des mers cambriennes. Aujourd’hui, dans ce désert rouge à la végétation chétive, des reliefs incongrus se dressent, comme des navires échoués sur des berges sans mesure.

J’étais descendue du Nord en pick-up 4X4 par la « Mereenie loop road » qui venait tout juste d’ouvrir. La piste n’était pas mauvaise. Les lointaines rivières du nord-est, en crues quelques mois auparavant, avaient fini par gorger d’eau les terres arides du centre. Mais heureusement, juin apportait les fraîcheurs hivernales et donc, l’amélioration grandissante de l’état des pistes de l’Outback. Je fis la traversée à al fraîche, ne rencontrant sur les premiers cent cinquante kilomètres qu’un dromadaire sauvage, plutôt farouche. Un vestige du temps où l’on fit venir des Afghans, pour mener leurs convois d’animaux à travers un désert connu seul alors des Aborigènes australiens. Soudain, je repérais une espèce de tornade qui se révéla vite venir dans ma direction. J’eus le bon reflex de stopper mon véhicule et d’en remonter les vitres. Déboucha d’un virage dans un fantastique nuage de poussière un de ces fameux « road trains ». Véritable convoi géant pouvant atteindre pour quatre remorques, plus de cinquante mètres de long, 110 pneus et plus de 115 tonnes lancées en vitesse de croisière à presque 100km/h, quel que soit le revêtement de la route. Ce n’est pas vraiment le genre de véhicules qui vous cède la priorité ! Après son passage, je dus attendre trois bonnes minutes pour que le nuage de poussière se re dépose et que le paysage réapparaisse. De nuit, sur certains tronçons de piste d’une rectitude étonnante, croiser un de ces monstres s’apparente presque à un remake de Spielberg, genre « rencontre du troisième type » !

Roadtrains

Ce pays démesuré, passé maître dans l’art de duper le voyageur sur les distances a encore sévit. Faute d’estimation correcte, cette lueur blanche au loin n’en finit plus d’arriver. Plus elle se rapproche, plus elle enfle et prend des proportions affolantes, pour occuper finalement presque toute la route déjà étroite. Quant alors notre véhicule, aussi lancé à vive allure, s’engage entre le convoi et le fossé, on se cramponne au volant, tant le truck qui défile semble vouloir nous aspirer. Et bon Dieu qu’il est long le temps nécessaire pour échapper au couloir rugissant. Puis comme une bulle qui crève la surface de l’eau, on retrouve sans transition le calme nocturne. On respire à nouveau. Le buste et les épaules retombent, retrouvent le contact avec le dossier du siège. La première fois, pour ces quelques secondes intenses rompant la monotonie de la nuit, on se prendrait presque pour un héros. Pour mon plus grand plaisir, je ne fis plus aucune rencontre sur les derniers deux cents kilomètres ce jour-là.

king canyon

Enfin s’éleva sur l’horizon une barre pourpre violacée, montagne plane aux formes surprenantes, ceinte de falaises abruptes, de canyons profonds, elle rappelait une île. De plus près, je la découvris coiffée par endroits d’une multitude de petits dômes de hauteurs similaires. Un labyrinthe sans fin, autrefois refuge des peuples aborigènes. Ils l’appelaient « Watarrka », les milles visages. Je décidais de passer là quelques jours. La nature, le nom mystérieux, comme dans nos histoires d’enfants, charmaient déjà ma curiosité et mon imagination. Je passais ma première soirée devant une belle flambée, au camping du parc national. Deux couples de retraités australiens vinrent se joindre à moi, en amenant leur provision de bois mort. Le feu lâcha un essaim d’étincelles qui s’envola à la verticale dans l’obscurité. Cette vision en appelait une autre sous-jacente. J’imaginais un vieil Aborigène tout sec, assis sur ses talons, à moitié nu, les cheveux relevés tout droit sur le sommet de la tête par un bandeau en peau de serpent. Suspendu à son cou, un tout petit sac de cuir renfermait ses pierres magiques. Une peau noire et mate pour disparaître entièrement dans l’ombre, les yeux presque clos, les narines à peine frémissantes. Je l’imaginais seul au milieu de nulle part devant son petit feu. J’imaginais un espace infini et pourtant, ce tout petit homme en occupait la moindre parcelle. La soirée fût plus qu’agréable, partage de l’apéritif et longue discussion tous assis autour du feu. Beaucoup d’Australiens semblent fuir le sud dès les prémices de l’hiver, surtout les retraités qui partent alors sillonner leur pays pendant plusieurs mois. Tous voyagent dans de gros 4X4 tractant d’énormes caravanes avec souvent une barque alu sur le toit. Ils remontent la Stuart Highway pour aller pêcher le Barramundi dans le Nord, un sport visiblement très prisé. J’ai fait des envieux en leur parlant de mon atoll de Rangiroa et de sa faune sous-marine, du coup j’ai eut droit au très solennel album de photo de pêche et à la visite guidée de la caravane. Des gens vraiment adorables de gentillesse. Extinction des feux vers vingt deux heures, la nuit fut très fraîche et silencieuse.

king canyon

Aux lueurs de l’aube il faisait encore très froid, le camping dormait toujours, pelotonné dans ses couvertures et duvets. J’ai ranimé les braises du feu de camp et mis en premier lieu mes chaussures à chauffer près du foyer. Ensuite un grand thé brûlant, très sucré, deux barres de céréales et déjà le soleil commençait à iriser le ciel. Les oiseaux les premiers s’affairaient de toutes parts, on n’entendait qu’eux. J’ai enfilé mes joggings toutes chaudes et mon sec à dos, partie pour une belle journée de ballade à pied. L’ascension freine l’ardeur, j’ai repris mon souffle en haut de la falaise. Le paysage s’est découvert sous un ciel sans nuage, telle la mer qu’elle fût autrefois, la plaine infinie se perd à l’horizon. L’âme se réveille, le rêve commence.

king canyon

Partie tôt pour éviter le flot de touristes, j’ai fais avec plaisir le tour du canyon par le sentier balisé sur les sommets, via l’étroite gorge nommée « Garden of Eden », le jardin du paradis. Quelques points d’eau permanents y permettent la survie de tout un écosystème. A l’aube, au cœur du désert, j’ai vu un couple de canards glissant avec paresse sur l’onde à peine ridée du petit matin. Plus loin, deux pigeons Spinifex sautillent entre les rochers. S’ils restent immobiles sur ces tons ocres et gris de zone aride, leur camouflage leurs assure une invisibilité parfaite. Je leurs jette quelques chips émiettées et comme leurs cousins parisiens, peut-être est-ce génétique, ils viennent presque me manger dans la main. Je m’assis au bord de la falaise en dévers, les pieds dans le vide comme les gosses. Le versant opposé du canyon est devenu par l’érosion presque aussi lisse qu’un mur, finement strié horizontalement dans une palette d’ocre incroyable, allant du saumon clair au brun foncé. Cent mètres plus bas, la petite vallée est encore dans l’ombre.

king canyon

Les pigeons m’accompagnent, l’un contre l’autre, les plumes tout ébouriffées pour se tenir chaud, juste posés au bord du précipice. Nous sommes restés là, tous les trois pendant un bon moment, sans rien faire d’autre que d’apprécier. Les chauds rayons du soleil qui désengourdissent du froid matinal, l’odeur de la terre et des pierres, cet air sec si limpide. Et puis, tout à coup, ils ont sauté. Leur départ m’a surprise, ils ne se sont pas envolés, mais ont véritablement sauté dans le vide, pour ensuite seulement déployer leurs ailes une dizaine de mètres en contrebas, comme des parachutistes.

king canyon

C’est tellement agréable de ne voir et de ne rencontrer que des choses nouvelles. L’étonnement serait-il le plus haut sommet de l’éveil ? Il faudrait pouvoir ne jamais s’arrêter de marcher, ne jamais poser sa valise. La découverte, avec à tout instant un regard neuf, exempt d’à priori et de jugement. Il me semble retrouver mon enfance et mon innocence. Je me sentirais presque euphorique si, j’allais dire si j’osais, mais non, c’est bien plus profond que cela. Le parfum de cette fleur sauvage, la délicatesse de cette petite toile d’araignée, l’harmonie des couleurs, la pureté de l’air et du silence. « Une espèce de perception intérieure qui a lieu dans la partie la plus intime de la conscience, qui ne peut être alors qu’une vérité ultime. » C’est exaltant de se sentir si vivante.

king canyon

Je pars à l’assaut des sommets du plateau d’un pied encore plus léger. Par une fracture au centre d’une petite muraille, je pénètre la montagne. Les deux premiers dômes surgissent alors, comme les portes d’un royaume enchanté. Entrer dans le labyrinthe, l’horizon disparaît. Je ralentis instinctivement le pas. Un dédale de roches de sable ocre rouge, mille fines strates empilées que les éléments ont érodé en hémisphères baroques. Un décor confiné presque stérile, la végétation est plus rare, le moindre bruit semble étouffé. Je passe de salle en salle, de couloir en couloir, souvent je me retourne un frisson sur la nuque. Par deux fois, pour me rassurer, je reviens sur mes pas avec quelques difficultés. Un drôle de paradoxe m’habite. Il semble si facile de se perdre ici, j’aurais dû me signaler au poste de rangers comme il l’était conseillé. Mais je ne veux en rien entraver ma liberté, mon âme trépigne, ce doit être un secret, quelque chose l’attire. Il règne ici une atmosphère étrange, mille voix semblent murmurer, il y a des visages dans les ombres des rochers. Les voix de l’Alchuringa, le temps des rêves. « Abandonne-nous ton âme » chuchotent-elles. Difficile de lâcher prise totalement, mais l’appel paraît irrésistible.

king canyon

Je débouche dans un petit cirque traversé par une étroite crevasse, un filet d’eau y coule. Une maigre végétation s’y cramponne comme à une oasis. Quelques buissons de mulga, de touffes de spinifex et même un palmier-choux. Pour enjamber la crevasse, j’attrape le tronc d’un jeune eucalyptus solitaire, et d’un bond je traverse. Et je m’arrête net. Je me retourne et l’observe. Est-ce lui qui m’appelait ? Un regard circulaire sur les dômes qui m’entourent, je connaissais dès le début la réponse me semble-t-il. C’est un gommier fantôme à l’écorce d’une blancheur immaculée, je m ‘approche avec respect. Haut de trois à quatre mètres tout au plus, son tronc gracile me charme. L’énergie qu’il dégage guide mes mains sur le bois. Une texture fine et veloutée, tiédie par le soleil, la vie communie. L’ego se révolte une dernière fois, je regarde en arrière. J’ai un peu honte de moi, non pas que l’on puisse me surprendre, mais d’avoir eut ce sentiment-là.

king canyon

J’ai posé enfin mon visage tout contre l’arbre. La faible brise le fait ployer doucement par intermittence, il semble respirer au même rythme que moi. Sur certains hauts rameaux desséchés par le soleil, les feuilles cliquètent et chantent, du cœur de l’arbre leur musique me parvient comme une douce mélodie. Ici tout vit, les plantes, la terre, les roches, au même titre que moi, nous sommes tout et rien à la fois. Je me sens plus forte du secret qui m’habite, je retrouve un chez moi dont j’avais été absente depuis des siècles. Si je peux ressentir l’arbre et les milles visages cachés, c’est qu’ils étaient en moi depuis l’éternité. J’irais encore plus loin, pour libérer mon âme de ces entraves invisibles que la société tisse de plus en plus serrées. Le plus difficile sera de patienter jusqu’au prochain voyage, et une fois partie, de toujours garder pied.

king canyon

Avant de partir, sur le parking du parc il y avait deux corbeaux autour de la voiture. Je leurs ai jeté mon reste (trois miettes) de Chips. Le premier est venu se poser directement sur ma portière ouverte lorgnant à l'intérieur des fois qu'il y aurait quelque chose de bon à manger, le deuxième a atterri sur le capot. iL avait déjà un morçeau de cake dans le bec et essayait désespèrément d'y ajouter en plus les chips, fatalement dès qu'il ajoutait l'un il perdait l'autre : trop rigolo !

king canyon

lundi, juillet 20 2009

Palm Valley - Finke Gorge National Park

J’avais croisé les doigts très fort, mon vœu a été exaucé car le parc national de Palm Valley vient d’ouvrir aujourd’hui. Les Rangers qui s’occupent entre autre de contrôler l’état des pistes viennent de donner leur aval, c’est le gars de la station service d’hermansburg, la petite communauté aborigène, qui m’a fourni le renseignement. Je fais le plein de mon véhicule, réservoir et jerrican de secours. J’ai loué à Alice Springs un Ford Courrier, petit pick-up 4X4 avec une benne bâchée à l’arrière, bien pratique d’ailleurs pour y fourrer la tente en vrac et le bois mort pour le feu. Dans les parcs nationaux il est interdit de collecter le bois mort, il faut penser à faire ses provisions avant d’y entrer. Sur les sièges arrière s’entassent de quoi boire et manger pour quinze jours, vu les tarifs prohibitifs pratiqués dans certains petits magasins du bout du monde, mieux vaut faire le plein de tout en ville. Je n’ai jamais vraiment fait de conduite tout terrain, je ne sais pas trop ce qui m’attend, mais bon, j’ai un caractère optimiste !

Je quitte la communauté, traverse la Finke River qui a complètement défoncé la route, longe sur quelques kilomètres de petites montagnes et trouve une piste qui bifurque plein sud. Une pancarte annonce: « Palm Valley, four wheels drive, high clearance only ». C’est bien connu les Anglo-saxons ont toujours tendance à exagérer.



Le 4X4 commence à peine a lever un panache de poussière rouge que je me fais surprendre au premier virage et arrive plein gaz dans du sable mou comme de la farine, les abords de la rivière. La voiture semble danser la samba et oh ! Miracle je trouve un peu de sol ferme pour m’arrêter juste sur la berge. J’ai le cœur qui cogne un peu dans la poitrine, la rivière doit bien faire vingt cinq mètres de large, à vue d’œil l’eau n'a pas l’air trop profonde. Bon, le parc vient d’ouvrir et sur l’autre côté je vois plusieurs traces de pneus, c’est que d’autres ont traversé ce matin. Je n’ai pas de « snorkel », mais bon, il suffit de ne pas caler. Allez, première, deuxième dans la foulée et à fond jusqu’à la berge opposée. Je m’arrête le souffle court et le sourire aux lèvres, il n’y avait qu’à peine soixante centimètres d’eau ! La piste serpente au milieu du large lit de la rivière partiellement à sec et bordé de collines arrondies. De gros graviers permettent d’engager la troisième sur plusieurs kilomètres, d’autres pistes surgissent de temps à autres mais nulle indication en vue. Je me demande si je ne me suis pas trompée de route.

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Je n’arrête pas de traverser la rivière qui tantôt s’élargie ou se dédouble. Les passages sont parfois aisés, mais lorsqu’ils sont trop larges et que je ne peux distinguer les traces de roues qui forment la piste de l’autre côté, je croise les doigts et me fie à mon instinct. Un copain m’avait dit de reconnaître le chemin à pied en cas de doute, mais j’ai peur de ne plus avoir de courage si je sais ce qui m’attend en amont. Il y a de plus en plus de zones sableuses creusées d’ornières profondes. Je navigue en deuxième plein pot pour ne pas rester enliser dans le sable. La pauvre voiture rebondie sans cesse sur le monticule centrale, je ne dois d’ailleurs pas être la première, il est déjà tout aplanit. Cela fait déjà un bon moment que je suis partie et je ne vois toujours pas la fin de cette fichue piste. Il me faut encore une fois traverser la Finke, l’eau a l’air plus profonde et impossible de repérer les traces de sortie. C’est l’heure de la pause cigarette. J’en profite pour étudier ma carte qui n’est malheureusement pas assez détaillée pour me livrer un quelconque renseignement. Celui qui a dit que la chance sourit aux débutants avait bien raison. J’entends un bruit de moteur qui vient à ma rencontre et petit à petit je découvre le véhicule qui s’approche. C’est un 4X4 monstrueux avec des pneus aussi hauts que le capot de ma voiture. J’en profite au passage pour repérer où il traverse et viens à pied à sa rencontre. Il a l’air hilare et de très bonne humeur. Il paraît que je suis presque arrivée au camping et que j’ai fais le plus long mais le plus facile du trajet ! Il en a de bonnes lui ! Les cinq derniers kilomètres qui mènent jusqu’à la gorge sont terribles suivant ses dires. « Vous allez vous amuser ! » me lance-t-il dans un éclat de rire en regardant mon pauvre pick-up. Du haut de son énorme engin, j’ai l’impression qu’il se fout un tantinet de moi. Non mais dis donc ! Ce n’est pas parce que je suis une fille seule avec une petite voiture que je ne suis pas capable d’y arriver.

Palm Valley - Finke Gorge National Park

La piste s’engage maintenant dans une petite vallée perpendiculaire au lit de la Finke River et débouche dans un cirque magnifique. L’air cristallin, la netteté des images rendent difficile l’appréciation des dimensions du décor. Les reliefs stratifiés aux teintes oranges, aux roches nues prennent des formes surprenantes. Je repère un bloc presque sphérique qu’il me paraît facile d’escalader pour avoir un bon point de vue mais, arrivée à son pied ses proportions sont si imposantes que je n’arrive même pas à me hisser au niveau de la base sur laquelle il repose. On verra cela plus tard. Le petit camping situé en bordure de la Palm River semble des plus paisibles. Je plante ma tente entre deux gros gommiers à une des extrémités du terrain, face à l’étroite rivière qui doucement s’écoule.

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Il est midi lorsque je m’engage sur la piste qui mène à Palm Valley, il ne faut pas laisser retomber la pression. Les traces de pneus s’engagent dans une gorge qui semble se rétrécir à vue d’œil, tantôt elles escaladent directement les rochers, tantôt elles s’évasent dans un sable ocre et farineux. Le lit de la rivière bien moins large que la Finke est d’autant plus profond et parsemé de gros rochers. Le premier gué est balisé par des piquets et des cordes, s’en écarter un tant soit peu signifierait glisser dans presque deux mètres d’eau. Le deuxième passage bien que moins profond, paraît cependant plus délicat. Pas de balisage, deux bras successifs interrompus par un terre-plein sableux qui ne n’autorise pas d’arrêt et en plus, juste dans un coude qui ne me permet pas de voir la rive opposée. Je descends de voiture pour y jeter un œil. L’eau est glaciale et relativement transparente, des zones d’ombres signalent les rochers. Prenons le temps de fumer un petit clope pour se donner du courage, de toute façon à l’endroit où je me trouve, je ne peux pas faire demi-tour et le chemin en marche arrière, cela ne me tente pas vraiment.

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Je traverse à fond de première et passe le premier tronçon, le deuxième bras arrive trop vite. J’ai juste le temps de visualiser l’ensemble, un caillou ici, éviter le rocher là-bas, la sortie…C’est une grosse butte de sable mou, à gauche un gros roc, à droite on dirait un trou ! Le 4X4 sursaute sur les obstacles, plus que quelques mètres et soudain quelque chose heurte la calandre violemment. La voiture semble remonter et pique aussitôt du nez, le capot disparaît sous les flots et je vois avec horreur l’eau monter sur le pare-brise, rentrée par ma vitre ouverte. J’ai l’accélérateur collé au plancher, le moteur hurle, il ne faut pas caler. Ca remonte, le train arrière part de biais sur la butte sableuse et rencontre le roc qui lui donne la prise nécessaire pour enfin sortir de la rivière. Ouf ! Quelle bonne mécanique cette voiture !

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Au bout des cinq kilomètres de piste sinueuse, je me retrouve soudain sur une dalle de roche plus ou moins plate, quatre véhicules tous-terrains y sont parqués, ils paraissent tous plus gros les uns que les autres. On ne peut pas aller plus loin. Deux messieurs d’un certain age me regardent arriver. Je sors mon sac à dos, prête pour une après-midi d’exploration pédestre que j’ai bien mérité lorsque l’un d’eux s’approche de moi. Apprenant que je voyageais seule, il me lance une petite phrase qui me fait redresser le dos : « vous êtes drôlement courageuse ! » En y repensant le soir au camping, c’est vrai que je me suis vraiment amusée ! Je n’ai perdu que ma plaque d’immatriculation avant.

Le Finke Gorge Nationale Park compte quelques 46000 hectares de collines semi-désertiques, de promontoires de roches ocres escarpés, de lits de rivière asséchés, La petite Palm Valley y fait figure d’étrange oasis tropicale.

Après une matinée éprouvante sur les pistes et quelques poussées d’adrénaline dues à mon manque d’expérience, Le calme, les ombres engageantes de la végétation luxuriante, le chant discret des oiseaux, tout me séduit. De hauts palmiers aux feuilles en éventail culminant à plus de vingt mètres abritent du soleil un paradis botanique. Plus de trois cents espèces des plantes, certaines rares ou endémiques comme le Livistona Mariae, et un palmier touffu sans tronc donc les palmes d’un vert sombre sont si résistantes au toucher que l’on dirait du plastique. La Palm River se niche tout au long de la gorge dans de profonds trous d’eau bordés de petites plages de sable et de galets. Je ramasse des cailloux aussi ronds que des billes aux couleurs étonnantes, crème, orange, pourpre et brun. De profondes échancrures adjacentes, taillées dans la montagne témoignent d’un passé lointain, lorsque la rivière avait assez de force pour modeler le relief. J’explore un à un ces petits défilés étroits, y trouve souvent les traces de la présence des wallabies sans pour autant les apercevoir.

Mon excursion à l’heure de déjeuner me permet d’avoir la gorge pour moi toute seule. Comme les aborigènes ont du y être heureux avant l’arrivée des premiers blancs ! Plus je remonte la rivière, plus les parois rocheuses s’écartent pour finalement déboucher sur un large cirque où la végétation se raréfie. Je m’installe sur les hauteurs, entre deux larges strates érodées qui me procure un peu d’ombre. Je choisis toujours des endroits stratégiques, où je peux voir sans être vue. Dans l’après-midi, j’observe quatre touristes qui semblent faire un marathon. Ils avancent d’un pas soutenu, deux par deux têtes baissées, perdus entre l’attention qu’ils portent au sol juste devant eux pour assurer leurs pas et leur babillage continuel. Quels souvenirs pourront-ils bien avoir de cette gorge enchâssée comme un joyau dans les montagnes arides ? Ils n’auront ni pris la peine de s’asseoir pour goûter au silence, ni remarquer l’incroyable diversité de la flore. On rencontre aussi parfois sur les roches de sable des insectes étonnants. Des crickets couleur de nuit tachetée d’étoiles rouge et feu comme les motifs aborigènes, de petites araignées cornues tissant de délicates toiles en forme d’entonnoir, des fourmis à l’abdomen distendu, semblables à des gouttes de miel. Palm Valley regorge de vie et s’offre à ceux qui savent ouvrir leur âme d’enfant, cependant beaucoup ne se souviendront que de la chaleur et de leur mal aux pieds !

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Il est déjà seize heures et il me faut doucement rentrer au camping. Un petit chemin balisé permet de rejoindre les véhicules en coupant par-dessus les collines. Les hauteurs forment une succession de plateaux parsemés de bosquets et d’herbes blondes. Des pigeons aux ailes de bronze s’envolent bruyamment à mon approche pour se reposer quelques mètres plus loin. J’essaye de les suivrent le plus silencieusement possible mais la végétation éparse ne peut que difficilement me camoufler. Un petit contrefort escaladé, quelques slaloms entre les fourrés et je les découvre enfin. Le dos praline, le ventre presque rosé, les yeux soulignés de blanc, les plumes de leurs ailes virent du vert électrique aux oranges les plus chauds. Encore quelques pas et le cliché sera superbe. Le nez rivé sur mon appareil photo, je m’avance sans prendre garde à la brindille qui va craquer sous mes pas. Trop tard, les voilà de nouveau repartis.

Palm Valley - Finke Gorge National Park

Le soleil est déjà bien bas sur l’horizon, je n’ai pas vu le temps passer. Il est temps de rentrer si je ne veux pas conduire sur cette horrible piste de nuit. Je reviens sur mes pas mais le chemin balisé a disparu. Dans l’excitation du moment je me suis éloignée sans prendre de repères. Une drôle de sensation m’envahie, le paysage semble d’un seul coup beaucoup plus vaste. Descendue sur le plateau inférieur, le décor ne m’y semble pas plus familier. A l’aire de parking ils doivent déjà tous être rentrer, et les nuits qui sont glaciales. Je baisse la tête et expire longuement pour calmer mon cœur qui cogne dans ma poitrine, c’est alors que je remarque mes traces de pas. Mes chaussures de sport laissent des empreintes distinctives sur le sable, la marque du fabricant ! Comme un limier je remonte aux pas de course ma propre piste pour déboucher sur une large dalle de roche. C’est une intrigue policière Australienne d’Arthur Upfield qui me vient alors en mémoire pour me donner la solution. Je n’ai qu’à suivre le pourtour de la dalle pour découvrir l’endroit où je l’ai abordé ! Dix minutes plus tard je retrouve avec un immense soulagement la première balise, vingt minutes de plus et je contemple avec ravissement mon 4X4 au pied de la falaise. J’ai remonté sans encombre la piste jusqu’au camping où quelques couples préparaient déjà le repas du soir. Mes voisins vinrent me souhaiter la bienvenue en me demandant comment c’était déroulé ma journée : « pas de problème, superbe ! ».

Redbank Gorge - West MacDonnell Range

redbank Gorge - West MacDonnell ranges

Stop à Glen Helen où j’ai avalé un énorme burger. Le vieux ranger à la pompe à essence avait une dégaine d’enfer, il m’a dit qu’un jour il avait boxé avec un grand kangourou roux de 1,80 m ! J’ai visité Redbank Gorge dont la piste d’accès n’est pas trop mauvaise. Juste trois passages de rivières ensablées où les quatre roues motrices sont bien utiles. Comme d’habitude le coin est super joli. En revanche l’eau est toujours aussi glaciale. J'ai essayé de voir le défilé de bassins en escaladant par le côté intérieur gauche sans résultat. Très vite les paroies abruptes et glissantes m'ont arrêté. Ensuite j'ai escaladé par le côte extérieur droit, mais là ça n'en fini plus, il y a plein de spinifex qui pique partout à travers les vêtements, et il fallait aller super loin pour rejoindre la gorge de l'autre bord. N'oublions tout de même pas que c'est les vacances!

redbank Gorge - West MacDonnell ranges

Le défilé est super étroit, une succession d’une dizaine de bassins qui ne voient jamais le soleil. Dans le douzième habite un énorme serpent selon la légende. Il est conseillé de prendre une bouée, voir carrément une petite embarcation gonflable ou une combinaison de plongée si l’on veut traverser le point d’eau pour accéder aux bassins sous peine de tomber en hypothermie tant l’eau est froide. Il y a plein de wallabies des rochers à pieds noirs, vraiment peu farouches.

redbank Gorge - West MacDonnell ranges

Au petit camping à l’entrée de la gorge, il n’y a personne hormis les oiseaux. Ce soir c’est soirée « feu et méditation ». C’est comme dans les livres d’Arthur Upfield, une fois le feu éteind il n’y a aucun son. Plus le moindre murmure de vent, rien ne bouge sinon les étoiles au dessus de moi. C’est vraiment impressionnant de se retrouver seule comme cela en pleine nature dans un silence parfait, en fermant les yeux on pourrait presque disparaître.

Gosse Bluff - West MacDonnell Ranges

Ensuite un petit crochet par Gosse Bluff où j'ai rencontré un jeune Australien "Mike", drôlement sympatique. Il a une super voiture 4X4 toute équipée, à en faire baver! Il parait que c'est une comète qui est tombée il y a 142.5 millions d'années. En plein milieu de la plaine cela a crée un rampart circulaire de roches de cinq kilomètres de diamètre et de peu-être cent mètres de haut. En examinant les roches alentours il y a une deuxième cercle d'impact de 25 km de large où les pierres ont subit la même métamorphose, mais qui est aujourd'hui complètement erodé. C'est assez impressionnant d’imaginer le cataclysme que cela a du entraîner, mais il faudrait pouvoir prendre un peu d'altitude pour admirer le site. Les légendes aborigènes parlent aussi de quelque chose venu du ciel!

Gosse Bluff - West MacDonnell Ranges

dimanche, juillet 19 2009

Namatjira Drive - West MacDonnell Range

Ochres pit

Ochres Pit sur la Namatjira drive pour les amoureux des couleurs; c'est la rivière qui, avec le temps et les crues annuelles, a mis à nu l'ocre naturelle présente sur les parois de son lit. Les aborigènes, il y a encore quelques années, venaient s'approvisionner ici. Ils pilaient la roche jusqu'à obtenir une poudre qui mélangée avec de l'eau offrait toute une palette de couleurs pour leurs décorations corporelles.

Ochres pit

Stanley Chasm : ça devient vraiment joli. En suivant pendant environ 20 minutes le bord du lit de la rivière assèchée on arrive dans un défilé très étroit que le soleil n'illumine que quelques instants vers midi tant les parois sont verticales (~60m). Il y a quelques touristes, le coin est très chouette et facile d'accès. Il y a beaucoup de fleurs au sol et sur les arbustes, même quelques palmiers-choux. On ne peut pas traverser le défilé sur toute sa longueur, il est obstrué par un point d'eau... Glacial ! Escalader les parois à moins d'être une araignée me semble vraiment impossible à main nue.

Stanley chasm

Serpentine gorge : J'ai croisé un couple de touristes sur le parking, ils seront les seuls de la journée. Un petit parc adorable, ça vaut le coup d'aller voir voir en haut, la vue est drôlement chouette, bon spot pour le pique-nique. Je crapahute par-ci, par-là sans jamais me lasser, "l'homme aus semelles de vent" !

Serpentine gorge

Le mois de Juin c'est vraiment la meilleure période pour visiter le coin, j'ai tout cela pour moi toute seule. Je m'arrête souvent dans mes ballades pour laisser les oiseaux venir à moi et obsever la nature, 752 espèces de vollatiles en Australie, il y a de quoi faire.

oiseaux d'Australie

6 Heures du matin, la lueur du jour pointe doucement. J'ai fait un petit feu pour m'enfiler de tasses de Milo bien chaud, une barre de céréales et c'est reparti ! La nature se réveille aux premières lueurs du soleil, les oiseaux, un peu avant. J'en ai croisé de toutes sortes, beaucoup dont je ne connais pas le nom, pas mal de perroquets aussi, ils se nourissent au sol tôt le matin. Accroché à un rameau, un petit oiseau jaune et gris avait fait son nid, comme un petit panier suspendu. La mère en me voyant c'est envolée et paillait pour attirer ailleurs mon attention. Dans le nid il y avait un oeuf et un tout petit oisillon. Je ne me suis pas attardée, il fait plutôt frisquet ce matin et le bébé n'avait qu'un duvet tout fin. Dès que je me suis éloignée la maman a vite fait de reprendre son rôle de radiateur.

oiseaux d'Australie

Namatjira drive

Namatjira drive

samedi, juillet 18 2009

West MacDonnell Range - Orminston Gorge

C'est l'endroit dont j'avais besoin, le mont Sonder est superbe et il règne ici une sensation de paix incroyable. Pourtant sur le chemin j'étais tellement triste car le feu a beaucoup ravagé la nature. On aurait dit un animal carbonisé dont la peau noircie avait rendu l'âme. Heureusement dans la gorge tout est intact. Les gros gommiers à l'entrée, le point d'eau avec même canards et poissons. Et puis il y a plein de petits wallabies partout. En comparaison avec les gros roos, ils font tout fragiles, de la taille de mon chat Sherkan.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

Je suis montée un peu en hauteur sur les blocs effondrés dans la gorge, cela me permet d'être à l'abri des visiteurs. Comme si je faisais partie du décor. Autour de moi il y a six ou sept wallabies. Ils ont l'air drôlement curieux, certains se sont même rapprochés. D'autres comme les gros kangourous ont un peu tapé du pied, mais bon, on serait plutôt mort de rire qu'impressionné! J'ai déjà quelques photos, un petit c'est laissé approcher à trois mètres. Il y en a un qui arrive en tapant des pâtes arrière à chaque bond, il est vraiment trognon.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

Ici, il y a plein d'oiseaux qui font de drôles de bruits qui résonnent dans la gorge. Les arbustes qui sont en fleur sont couverts d'abeilles. L'herbe ici est plus verte, c'est un vrai petit paradis, les roches sont stratifiées en forme de vagues, d'ondulations, tout vit. Et même si les cailloux n'ont aucune valeur marchande, ils sont superbement colorés comme des tableaux, j'aimerais tous les ramener! C'est fou certains petits gommiers poussent directement sur la falaise, parfois même à l'horizontale.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

Alors les wallabies c'est carrément l'invasion, j'en ai approché un à deux mètres, il semblait endormi au soleil. J'ai fait plein de photos, je n'arrêterais pas. Vers la fin de la gorge, la paroie sud est composée de deux parties. L'inclinaison est de 30° Jusqu'à mi-hauteur, puis verticale. Sur la partie basse, toutes les roches sont fracturées en forme de cubes, on dirait des allées pavées avec des gradins, ou un ancien amphithéâtre romain, mais fait pour des géants. Il plane comme un parfum d'éternité.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

J'ai encore vu d'autres wallabis, j'en ai approché un de tellement près que j"ai frôlé les poils de son dos du bout des doigts. Je crois que je vais rester ici quelques Jours. Il y a un peu de monde au camping mais comme il est petit ça limite vite le nombre. Il y a des douches presque chaudes à utiliser en fin d'après-midi uniquement. Dommage aussi, vu les risques d'incendies, on n'a pas le droit d'allumer de feu. Il y a plein d'oiseaux ici, dont les inévitables corbeaux. l'endroitt doit leurs plairent car ils font des vocalises et se parlent d'un bout à l'autre de la gorge. C'est aussi étrange ce genre de lieu, ça donne envie de faire le moins de bruit possible pour ne rien déranger. Peu-être pour se sentir complètement fondu dans le paysage. Il est 18H et la fraicheur se fait sentir. Je rentre au camping, ce soir c'est l'oppulance, au diner : côtes d'agneau grillées.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

14/06 : Rien à dire, je me suis balladée toute la journée pour explorer une autre gorge qui débouche également dans le grand cirque d'Ormiston pound, l'après-midi j'ai fait quelques croquis, assise parmis les wallabies.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

Le silence envoûtant des grands espaces, la terre peinte rouge. Un ciel saturé cobalt, cristallin sans texture, sans limite, pas une âme à la ronde. Tout frémit pourtant, des entrailles de la terre une clameur sourde gronde, l’inexorable énergie du monde. La nature est magique, je me sens si petite.

Dans les montagnes arides serpente une gorge profonde, elle suit les méandres d’une rivière aujourd’hui presque sèche. Une fois l’an les pluies de la mousson la transforment en torrent, mais en cette saison ne subsistent que peu de trous d’eau, bordés de grands gommiers fantômes à l’écorce laiteuse. On peut lire l’histoire du temps sur les parois abruptes du défilé. Des strates apparentes, parallèles, froissées comme du papier. L’énergie transpire de partout, l’espace-temps est tout près. Le soleil se lève, éclabousse de lumière le versant de la gorge qui lui fait face. Les roches ont des couleurs somptueuses comme des milliers de tableaux, ocre, violine et feu. Je marche à l’ombre de l’autre côté, la rivière chantonne, chatoie. Autour des rochers bleus de la capture du ciel, l’or liquide palpite. Nulle imagination, la nature m’a offert ce rêve éphémère. Doucement s’immisce en moi un sentiment nouveau, mon âme grandit toute seule, j’ose à peine respirer. Les voix des corbeaux résonnent un instant, le silence prend encore plus d’ampleur. A des centaines de kilomètres alentours il n’y a personne, pourtant je ne suis plus seule. Ici « je suis, je suis à jamais, ce qui a été, ce qui est, ce qui sera ».

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

Un son étouffé dans les rochers sur les hauteurs en face de moi, un wallaby m’observe en faisant sa toilette, nous avons tout notre temps. Ce calme si parfait, la vision est si nette, mon cœur perçoit toutes choses simultanément. Du fond de la gorge soudain des piaillements et des cris, un son qui comme une vague se propage. Des dizaines de perruches d’un vert flamboyant tracent, déjà me survolent et s’enfuient. Silence. Le calme se re dépose. Juste quelques battements de cœur qu’à peine me parvient un bruissement fulgurant. Pas le temps de tourner la tête ils sont déjà sur moi, deux grands faucons fendent l’air, flèches poursuivant leurs proies. Ils jouaient, ils ne chassaient pas. Je n’aurais d’eux que le souvenir d’une vision fugace, mais surtout la mémoire du bruit extraordinaire du vent dans leur plumage. Je me suis allongée sur le sable doux et tiède, les yeux grands ouverts. Je parle aux montagnes, j’écoute la terre chanter, la fourmi m’accompagne, les arbres m’ont caressé. Tout depuis me parle, je suis le monde entier.

Orminston pound - Australie - territoire du Nord.

vendredi, juillet 17 2009

West MacDonnell Range - Ellery Creek

La première surprise à Ellery Creek est l’entrée du petit camping rudimentaire. On y trouve qu’une espèce de boite postale métallique. En sa partie supérieure, dans un coffret étanche, des enveloppes sont à la disposition des visiteurs. On y inscrit son nom, le numéro d’immatriculation de son véhicule et la durée de son séjour. A raison de cinq dollars australiens par jour, la somme due doit être cachetée dans le pli et le tout glissé dans la partie inférieure de la boite. Il n’y a ni bureau, ni âme qui vive à la ronde, le premier poste de Rangers doit se trouver à plus de quarante kilomètres de là. Mes compatriotes ne me contrediraient pas, en France, dans un endroit si isolé, personne ne paierait. Et si quelques-uns uns d’entre eux avaient subitement perdu le goût de la resquille, les suivant rattraperaient l’affaire en dérobant le contenu entier de la boite.

La rivière Ellery au cours des ages a creusé une brèche évasée dans la ligne de crêtes de la chaîne des West MacDonnell, en hiver lorsque le cours d’eau s’assèche, un profond point d’eau subsiste aux pieds des collines. L’endroit n’est pas spectaculaire, mais aux aurores il se pare d’une atmosphère quasi divine. De chaque côté du défilé, deux gommiers au feuillage gris bleu se découpent avec une netteté surprenante sur un fond de roches orangé. Leurs troncs blancs transparaissent dans l’ombre comme des fantômes torturés Assise face aux reliefs au bord de l’eau, j’assiste à la naissance du jour. Le ciel diaphane aux premières lueurs tourne au bleu pâle sans texture.

Ellery creek

Pas le moindre souffle d’air, pas un bruit, la surface du bassin aussi lisse qu’un miroir. La nature s’y reflète dans toute sa splendeur. Le tableau est d’une telle perfection que je n’ose bouger, de peur de rompre le charme. Immobile au pied d’un bosquet, seule mon âme se meut, s ‘envolant dans un décor qui parait immuable. Et si les scientifiques aujourd’hui, soupçonnent un univers dont le nombre de dimensions serait au moins supérieur à dix, il me semble qu’elles se trouvent ici toutes représentées. Il est doux de s’évader, de se laisser bercer en toute quiétude dans une nature dont la beauté a atteint le sommet de son art. Doucement, au même rythme que le jour, la vie s’éveille. Le plan d’eau se trouble par endroit, de petits poissons au ventre rond, de leur bouche dessinent des arabesques en surface. Non loin de moi, sur la rive, deux corbeaux viennent prudemment se désaltérer. Après quelques longues gorgées, ils s’envolent en direction des gommiers, leur image les accompagne sur la surface miroitante du bassin. A ma droite, un couple de perroquets déambule à terre à la recherche de nourriture. L’un d’eux déterre un énorme ver qu’il engloutit goulûment sous les cris et jérémiades de son partenaire, le partage n’est pas de rigueur ce matin. L’air exhale une odeur enivrante, de terre et de Mimosa. La saison précoce cette année a fait éclore des millions de petites fleurs duveteuses au parfum délicat. Après une heure de parfaite quiétude, je quitte mon observatoire à regret, mais il me semble soudain que du haut des collines la vue doit être superbe.

Ellery creek

Le plan d’eau occupe toute la zone de la brèche dans les montagnes et les parois abruptes du défilé interdisent l’escalade à main nue sans matériel adéquat. J’aimerais bien découvrir quel paysage se cache derrière la chaîne longiligne des MacDonnell. Je m’éloigne du bassin à la recherche d’un passage sur les pentes voisines. Soudain, je me fais surprendre par une cacophonie mouvante, un vol d’une vingtaine de cacatoès noir et rouge arrive comme un tourbillon. Ils s’abattent sur un arbre un instant, semblant semer pagaille et discorde, puis aussi soudainement re décollent pour une destination inconnue. Après quelques minutes de marche, le versant de la colline me semble moins pentu, les rochers plus propices à l’ascension. J’arrive non sans peine non loin du sommet pour rencontrer une muraille de plusieurs mètres du haut. Il me faudra plus d’un quart d’heure pour trouver un passage, une petite faille parallèle au relief. J’ai l’impression d’escalader une cheminée, tous les muscles de mes jambes se mettent à trembler, ce n’est que grâce mon caractère relativement têtu que je me hisse enfin sur les hauteurs. J’ai déniché une zone presque plane qui surplombe le plan d’eau, le point de vue valait mes efforts. Après les plaines, des chaînes montagneuses s’alanguissent à l’horizon comme d’énormes serpents assoupis. Quelques aigles planent très haut dans le ciel, sans un battement d’ailes, comme suspendus dans l’espace. De mon sac à dos, je sors mon déjeuner, mon bloc notes et mon carnet à dessin. Rien ne presse, tout ici invite à prendre son temps. Après une petite sieste méritée, j’explore les crêtes et trouve rapidement une voie plus aisée pour redescendre. Je longe une veine de roches pourpres, les pierres roulent sous mes pas, provocant de petits éboulements.

Ellery creek

Alors qu’un gros caillou fini sa course en heurtant une longue dalle plate, une tête allongée émerge de l’ombre. Croyant avoir à faire à un gros lézard, je m’approche rapidement l’appareil photo en main. Mais le corps du reptile n’en fini plus de sortir, révélant un long serpent qui se dirige sans peur sur moi. Vert olive, les écailles bordées d’un ton plus soutenu, il est magnifique. Je fais deux pas de côté pour m’éloigner de lui, et doucement il change sa trajectoire pour venir à ma rencontre. Ses yeux n’ont pas quitté les miens une seule seconde. Comme dans « le livre de la jungle », il semble me susurrer : « aie confiance-ce, dort mon gars ! » Pendant quelques instants, comme hypnotisée, je reste sur place. Lorsque j’arrive enfin à soustraire mon regard du sien, je me rends compte qu’il doit mesurer au moins un mètre quatre vingt. Tant pis pour la photo, je prends mes jambes à mon cou et détalle le long de la pente sans me retourner.

Quelques temps plus tard, alors que je visitais le Reptiles Center d'Alice Springs, je reconnus le serpent d’Ellery Creek : King Brown Snake, appelé communément Mulga Snake. Affichés sur le mur à côté du vivarium, des articles de journaux relataient quelques rencontres avec l’animal en question. Un conducteur de camion, alors qu’il changeait un pneu sur une piste de l’Outback fut attaqué par un Mulga Snake qui s’était glissé sous le véhicule. Le serpent visant les yeux, le mordit au visage. L’homme ne mourût pas sur le coup, mais ses chaires se nécrosèrent et il perdit la moitié de son visage dans les mois qui suivirent l’agression. L’année suivante, le poison comme une gangrène insidieuse eut raison du malheureux routier. Si tous les accidents n’étaient pas suivit de mort d’homme, les blessures engendraient toutes une profonde nécrose des tissus, souvent suivie d’amputation. Sur les hauteurs de MacDonnell La chance avait été de mon côté.

Ellery creek

mardi, juin 16 2009

Kong Bore, observation des kangourous.

Adossé aux montagnes qui courent d’Est en ouest sur une plaine de plus d’un million de kilomètres carrés, Kong Bore n’est qu’un simple point d’eau aménagé pour le bétail. L’endroit semble désolé, pas d’habitation, juste une pompe mécanique tombant en décrépitude qui flanque les pieds ouest d’une éolienne solitaire. Derrière, légèrement en hauteur, un gros réservoir à ciel ouvert et en contrebas un petit abreuvoir juché sur une dalle en ciment. Sur le sable, des traces de sabots en partie effacées par le vent, il me semble que depuis un bon moment, seuls les animaux sauvages ont arpenté les lieux. L’eau est vert olive et par endroits suinte du plus gros bassin. Une mince rigole s’en échappe et disparaît quelques mètres plus loin dans le sol desséché. Mais plus haut, la terre humide révèle de nombreuses empreintes d’oiseaux et de kangourous. C’est l’endroit idéal pour établir mon camp pour la nuit. J’ai parqué mon véhicule une cinquantaine de mètres plus loin sur les hauteurs. En étant relativement cachée par la végétation, j’aurais une vue imprenable sur le site.

Kong Bore

Mais pour l’instant, il n’est que quinze heures et j’ai suffisamment de temps pour préparer un petit projet qui me tient à cœur. Flânant autour du réservoir principal, j’ai déniché quelques vieux morceaux de tôles et deux, trois tuyaux afin d’établir sous l’éolienne, mon observatoire ! Premièrement, frapper le sol avec application pour déloger des herbes d’éventuels serpents ou araignées, puis commencer l’assemblage contre l’un des pieds de la structure métallique. Les morceaux de tôle serviront de murs, quant aux tuyaux, ils aideront à supporter des branchages verts en guise de toit. Une heure plus tard, je me trouve installée, bien assise dans mon abri, armée de mon carnet et de mon appareil photo, à peine à cinq mètres de l’abreuvoir.

Kong Bore

Après la piste, sur une centaine de mètres l’espace est dégagé. Seules de hautes herbes blondes ondoient mollement sous la brise légère, puis les premières rangées d’arbustes semblent s’étendre jusqu’à l’infini. Derrière le réservoir, le sol s’élève doucement jusqu’aux pieds des collines, l’horizon au-delà est masqué par des montagnes qui culminent à plus de mille mètres. Le vent tombe, de la végétation immobile fuse de temps à autre des chants d’oiseaux inconnus. Soudain, un bruit sourd rompt le silence. Débouchant de la plaine sans aucune inquiétude, un kangourou gagne l’abreuvoir en grands bonds réguliers. Il semble habitué à venir ici et ne remarque en rien ma présence. C’est une femelle au chaud pelage roux. Elle se tient debout sur ses puissantes pattes arrières et appuyée sur sa lourde queue comme sur un tabouret. Penchée pattes avants le long du corps, elle lape l’eau verte avec avidité. Je note son heure d’arrivée quand deux de ses congénères, bien plus farouches, font leur apparition. Ils s’arrêtent sur la piste avec méfiance, leurs longues oreilles aux aguets. Le premier se tient bien droit pour observer les alentours, le second, un jeune, semble plus enclin à rejoindre directement l’animal dont l’abdomen se gonfle d’eau à vue d’œil. Ils avancent finalement d’une démarche lente et peu gracieuse, à trois temps, pattes avants-queue-pattes arrières, comme de gros insectes à fourrure. Arrivés à deux mètres de l’abreuvoir, ils marquent encore une pause. Leurs oreilles en mouvement cherchent à déceler le moindre bruit suspect.

Kong Bore

Un dernier regard circulaire et ils se joignent enfin à la femelle au ventre distendue qui semble ne plus pouvoir s’arrêter de boire. Le jeune se hisse sur la pointe des pieds, ses petites pattes avant agrippant le rebord du bassin, ils adoptent parfois des postures qui nous sont étrangement familières.

Quelques minutes après leur départ, je reçois la visite d’un invité de marque, Monsieur Corbeau. Il fait le tour de l’éolienne en coassant et se pose dans un mulga juste derrière le réservoir. Après quelques vocalises, il re-décolle et choisit finalement comme perchoir un arbre qui lui permette d’observer le petit bassin. La tête penchée sur le côté, il surveille le site de son œil globuleux. Dans ma cachette, je n’ose à peine respirer, en s’enfuyant il révèlerait à coup sûre ma présence aux autres animaux. Il semble marmonner pour lui-même et termine son monologue par une note de colère. Et c’est reparti pour un survol circulaire, tout en ronchonnant il vient se poser sur l’éolienne, juste au-dessus des branchages qui me camouflent. Inquisiteur, il se déplace sur la structure, j’entends ses serres grincer sur les poutrelles métalliques. Il se remet à coasser puis, avec réalisme gargouille comme un homme qui s’étrangle. J’ai beaucoup de mal à garder mon sérieux. Après de longues minutes, le corbeau se pose enfin devant moi, sur la dalle en ciment. Deux fois il fait le tour de l’abreuvoir d’une démarche chaloupée digne d’un macho d’opérette. En se juchant sur le bord du bassin, il ponctue chaque gorgée d’eau d’une ronchonnade bien sentie.

Rassurés par sa présence, un vol de pigeons huppés arrive à son tour, d’autres kangourous sortent des fourrés. Ils sont venus par deux, par trois, mais jamais seuls.

Kong Bore



Cela fait plus d’une heure trente que je les observe avec plaisir. Le soleil se rapproche de l’horizon, les teintes se font sanguines. Il n’y a plus assez de lumière pour prendre de bons clichés, mais je n’ai pas encore envie de quitter ma cachette. Des hautes herbes deux « roos » arrivent encore, l’une des bêtes paraît immense. Cette fois-ci poins timorés, sûrement poussé par la soif, le couple de kangourous rejoint rapidement le point d’eau. Le visage camouflé derrière une fine branche d’eucalyptus, je détaille leur port altier, de grands yeux bruns protégés par de très longs cils noirs, une musculature d’athlète. Il doit faire 1m60 ! Soudain, la minuterie de mon petit appareil photo déclenche bruyamment la fermeture automatique du zoom et des commandes. Dans l’instant même, le grand mâle fait un bond de côté, ses pattes claquent au sol comme un coups de fusil. Instinctivement je rentre la tête dans les épaules, le branchage qui me dissimule me paraît bien dérisoire. A peine trois mètres nous séparent. L’animal me fait face, ses longues oreilles braquées dans ma direction. Il se tient penché en avant, ses bras puissants terminés par de longues griffes sombres. Il râle et souffle en me regardant droit dans les yeux à travers les feuillages. Je distingue ses narines qui frémissent, ses iris horizontaux qui me fixent sans ciller. Il pourrait m’atteindre en un seul bond, je l’estime à quelques soixante dix kilos. Doucement je baisse les yeux, puis la tête, aussi immobile qu’une statue de pierre. Pendant quelques secondes, je l’entends encore respirer, puis il réitère sa manœuvre d’intimidation frappant brusquement le sol de ses pattes arrières. Je n’ose plus le regarder. Quelques longues minutes s’écoulent, puis sans crier gare, ils détalent tous les deux dans un petit nuage de poussière. La nuit doucement envahie le jour, au campement devant mon petit feu, je distingue en contrebas les silhouettes des dingos qui à leur tour furtivement viennent se désaltérer. Je ferme les yeux et mille images m’assaillent, la plus récurrente, le regard du grand Mâle. Le sourire aux lèvres, je contemple les étoiles qui naissent pour accompagner ma nuit. Ce fût une journée magnifique.

lundi, juin 15 2009

Harts Ranges - Les anciennes Mines de Mica.

Les minéraux comme les trésors se recherchent d’abord dans les livres. Plusieurs mois avant mon départ, j’avais déjà glané nombre d’informations auprès du Département des Mines et des Energies du Territoire du Nord. Les Harts Ranges semblaient receler de nombreux gisements accessibles, or, zircons, grenats, sans compter les anciennes mines de mica, dont l’exploitation, commencée dans les années 1888 n’aura duré qu’un demi-siècle. L’accessibilité périlleuse des sites, le manque de route, d’arbres pour étayer, l’instabilité du marché de l’époque, mais surtout le manque d’eau seront venus à bout des hommes les plus téméraires. Armée de cette documentation et de cartes topographiques précises, le voyage commença donc plus tôt que prévu, sur le papier.

Harts ranges - N.T.

Neuf juin, j’arrête mon 4X4 sur la Plenty Highway, la piste ocre clair s’enfonce dans la plaine. Au loin, je découvre enfin les contours des montagnes, celles-là même dont j’avais en rêvant sur mes cartes, suivit les sommets du doigt. Contrairement aux terres situées à l’Ouest d’Alice Springs, ici nulle habitation visible, pas un touriste. Et si cette plaine déjà à six cents mètres d’altitude ne rend pas la grandeur du relief qui culmine à plus de 12OOm, le paysage reste sommes toutes à la hauteur de mes espérances. Tout semble démesuré, sur la terre comme dans le ciel flotte un parfum d’aventure et de liberté. Je remonte avec entrain dans mon véhicule et démarre sur les chapeaux de roues. Ici la vitesse n’est limitée que par l’état de la route. Comme une enfant, je souris à la vue du panache de poussière continu que je laisse derrière moi. Pied au plancher, le 4X4 survole les ondulations du sol à pleine vitesse, vibrant à peine. Je pourrais conduire pendant des heures. La piste se met bientôt à longer les contreforts du massif, les montagnes m’apparaissent alors encore plus arides et désolées. Après cinquante kilomètres, je bifurque au sud, une pancarte constellée d’impacts de balles annonce : « fossicking area ». Sur le premier tronçon, de part et d’autre de la route étroite partent de nombreux embranchements. Pensant au retour, je note consciencieusement leur emplacement, direction, kilométrage et relief.

Harts ranges - N.T.

Très vite le sable fait place à la rocaille, le chemin se rétrécit, juste deux traces de pneus parallèles. A mesure que je gravis la montagne, l’avancée se fait de plus en plus précaire, les cailloux de plus en plus gros. Dès qu’il m’est possible de parquer sans danger la voiture en dehors de la piste, je continue à pied pour reconnaître le terrain, jusqu’au prochain site dégagé. Première longue de rigueur, seconde de temps à autre, le 4X4 navigue au pas entre les montagnes abruptes. La poussière même au pas, fait déraper les pneus sur les rochers. La pente se fait bientôt si raide qu’il me faut souvent me lever sur mon siège pour apercevoir le chemin, tantôt bordé de précipices ou de rocs saillants. Soudain, au détour d’un virage, j’arrive au sommet d’une colline pointue, la piste se termine par un terre-plein dégagé d’à peine 25m2, mon emplacement de camping !

Haut dans le ciel, plusieurs aigles à queue cunéiforme planent inlassablement. Devant moi, de l’autre côté d’une petite vallée encaissée, des kangourous gambadent à flanc de montagnes, non loin des déblais de « La Disputée ».

Harts ranges - N.T.

Je repère d’autres mines de mica près de la ligne de crêtes. Il est 16h40 et déjà le soleil a disparu derrière la montagne. Un vent frais et continu c’est levé qui me fait frissonner. En frappant du pied le sol dur comme du marbre, je jette un regard sous-entendu à mon 4X4, je ne déplierai pas la tente ce soir. Le soleil est couché depuis une demi-heure et pourtant venant de l’ouest, subsiste une clarté diffuse qui met en relief chaque sommet, presque une lueur de néon, puis tour à tour les étoiles s’illuminent pour prendre la relève. Je ne sais si c’est l’altitude ou la limpidité de l’air, mais du haut de la colline, allongée sur le toit de la voiture, j’ai réellement l’impression d’être dans l’espace. Le froid m’a rabattu dans mon véhicule où j’ai dîné d’une boite de conserve froide : « noodles and meat balls », c’est comme des raviolis, sauf que la viande est à l’extérieur. Après déjà plusieurs jours sans vraies douches, je me sens un peu cradot. Cela me fait penser à Mad MaxII, lorsqu’il mange sa boite de Canigou en haut de la colline. Il faut dire que c’était un film australien !

Dix juin, j’ai emprunté les anciens chemins de chameliers pour rejoindre les mines. L’entrée de « La Disputée » est relativement vaste mais le fond est tapissé de galeries basses qui partent dans tous les sens. L’odeur est l’une des premières choses que l’on remarque, ça sent le fauve. Je suis tombée nez à nez avec un wallaby, petit marsupial d’une agilité étonnante d’une dizaine de kilos. Il est resté immobile pendant deux minutes avant de disparaître dans une infractuosité. Je ne sais pas combien ils sont, mais je les entends se déplacer dans les galeries. Des bruits feutrés me parviennent de toute part .Je n’ai pourtant pas été plus en avant, les plafonds ne sont pas étayés et la stabilité toute relative des rochers peu engageante.

Harts ranges - N.T.

En l’absence de sentiers, j’ai visité non sans peine plusieurs autres mines de part et d’autre de la ligne de crêtes. L’ampleur de ces chantiers, réalisés au début du siècle dernier, à la pelle et à la pioche ne peut que forcer le respect. Loin de toute civilisation, la vie n’a pas du être facile dans ces contrées hostiles. Je me demande même, comment diable ces pionniers ont-ils eut l’idée de venir prospecter par ici ? Je les imagine, guidant leur caravane de chameaux à flanc de montagne, certainement aidés par quelques Aborigènes, les seuls à posséder la science de la terre et aptes à trouver l’eau vitale pendant les longs mois de sécheresse. Parce qu’en juin, au début de l’hiver, l’endroit me paraît déjà incroyablement inhospitalier, du moins pour s’y établir un moment. Ici la moyenne annuelle des précipitations est de 250mm, juste la hauteur de deux doigts pour une année entière. Pendant l’été, lorsque le thermomètre flirte entre 40 et 50°, la vie doit être un enfer, plus de végétation, plus de gibier, ils avaient des tripes ces gens-là ! Moi qui me faisais une joie d’avoir gravit seule la montagne, avec mes cartes détaillées et mon beau 4X4, j’ai un peu honte de ma fierté.

Le soleil brille au zénith, du haut du Mont Palmer le panorama est fantastique. Trois formations longilignes et parallèles se déploient à mes pieds, toutes aussi grandioses les unes que les autres. Dans les tons paille, ocre et brun foncé, certains reliefs comme le dos d’animaux préhistoriques émergent d’un océan pétrifié. La plaine au-delà se perd à l’horizon, immense comme le ciel qu’elle reflète, aussi lisse qu’un miroir, presque aussi bleue.

Harts ranges - N.T.

La descente se révèle toujours plus périlleuse. Près du piton de quartz qui m’avait servit de repère sur la ligne de crête, je cherche des yeux « La disputée » en contrebas. Mais les niveaux inférieurs de la montagne sont masqués par d’imposants surplombs, j’ai du mal à reconnaître le terrain. Pourtant d’après ma boussole, la mine doit se trouver plus bas dans cette direction. Si j’ai pu monter par-là, je dois bien pouvoir y descendre ! Les pentes sont couvertes de rocaille et de spinifex, de hautes herbes qui piquent même à travers le jeans et cassent sous la peau. Les rochers instables font déraper mes pas, je suis bien contente de trouver quelques arbrisseaux auxquels je puisse me raccrocher. Limite varappe, les muscles tremblent un peu, mais la descente se fera finalement sans encombre. Je récupère les spécimens de minéraux que j’avais laissé à la mine, cristaux de quartz, nodules de grenat, biotite, mica. Et même si je ne me suis pas assez spécialisée pour estimer à sa juste valeur la richesse géologique des Harts Ranges, mon cœur aura su en apprécier l’incroyable beauté.

Harts ranges - N.T.

dimanche, juin 14 2009

Le centre rouge : en route pour l'aventure !

Dans les années 1860, les nouvelles colonies au Sud de l’Australie décidèrent qu’il était impératif, pour s’ouvrir au monde, d’explorer le centre de leur vaste pays. L’enjeu était d’y découvrir une route qui permettrait le passage d’une ligne télégraphique pour rallier Darwin, et par le biais de l’Indonésie établir le contact avec cette bonne vieille Europe. Six ans d’acharnement et de nombreuses expéditions furent nécessaires à John MC Doual Stuart pour venir à bout des ces paysages inhospitaliers.

La chaîne des MacDonnell Ranges barre le centre du continent d’Est en ouest, la ville d’Alice Springs fût établie au beau milieu de la seule brèche exploitable dans ces montagnes arides. Au Nord s’étirent encore quelques chaînes parallèles aux MacDonnell puis au-delà, une plaine infinie. Darwin se situe à 1491km, Adelaïde à 1544km au Sud, à l’Est le désert rouge de Simpson, à l’Ouest le grand désert de sable. Le climat aride ne permet pas aux grands arbres de pousser ici, excepté le long des rivières, même si à cette époque de l’année elles ne charrient plus que du sable. La végétation arbustive dépasse que rarement deux mètres de haut. En réponse aux températures estivales extrêmes, la nature a doté la plupart des plantes de petites feuilles, d’épines et de piquants en tous genres. Les herbes sont blondes mais pas encore cassantes. L’été dernier, par endroit, le thermomètre est monté jusqu’à 56° à l’ombre. En ce début de juin, l’indicateur de risque d’incendie à la sortie d’Alice annonce : attention, très haute probabilité.

Plenty Highway

Gemtree, 150km au nord-est de la ville et déjà un goût de bout du monde, juste à la lisière de la plaine et des dernières chaînes de montagnes, les Harts Ranges. Plenty Highway, drôle de nom pour une route qui se résume à une voie unique bitumée sur seulement 90 kilomètres pour continuer par une immense piste de terre tantôt rouge, tantôt crème pleine de trous et de bosses.

Les gens ici sont comme le pays, plutôt grands et secs et d’une réelle gentillesse. Le camping est rustique, tout comme la tenue vestimentaire de Graham le propriétaire. Il précède mon 4X4 pour me trouver un emplacement pour la nuit entre les bosquets de mulga, chevauchant dans un nuage de poussière une pétrolette orange digne de l’époque des pionniers, il a une dégaine fabuleuse. Vieux fourneau à bois pour les douches, électricité au groupe électrogène jusqu’à 21H et énorme stock de bois mort pour les barbecues qui sont ici de rigueur. Le décor est planté, des dizaines de cacatoès roses virevoltent autour de ma tente. C’est mon anniversaire et mon premier jour de vacances, seule, assise sur un rondin, je savoure mon thé avec un sourire qui me fend le visage d’une oreille à l’autre. J’adore cette région ! Il est 5h30 lorsque j’ouvre un œil, dans la tente le froid est immobile. En juin les nuits peuvent être glaciales. J’ai été prévoyante hier soir, jeans, sweat-shirt et chaussettes, tout se trouve au chaud entre duvet et matelas mousse.

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A peine éveillée, il ne me faut que quelques instants pour m’extraire de mon sac de couchage et sauter dans mes vêtements. Dehors il fait encore nuit noire, le ciel est constellé d’étoiles. J’expire à chaque souffle un petit nuage de vapeur, la température avoisine zéro degré. Quant à mon estimation horaire sur le levé du soleil, elle paraît plus qu’erronée. Tant pis, j’allume un petit feu, y jette une poignée de feuilles sèches d’eucalyptus. La fumée se parfume presque instantanément, m’enveloppe et disparaît. Je n’ai jamais pu, moins de trois fois, répéter cette opération, les vacances s’est se faire plaisir. Une vieille casserole noircie toute cabossée, posée à même le feu pour un bon petit déjeuner en attendant le jour. La nature dort encore silencieusement. Assise sur mes talons, les yeux rivés sur la danse des flammes, j’ai l’impression que se réveille en moi une vie parallèle au quotidien insulaire. C’est ma personnalité profonde, libérée de toutes contraintes, qui peut de nouveau s’exprimer. La solitude dans ces paysages immenses force la confrontation avec soi-même. J’ai soif d’apprendre.

Kangourou roux

Six heures trente, aux premières lueurs du jour les oiseaux chantent la lumière retrouvée. Le froid mord la chair ce matin. Je me suis emmitouflée dans ma fourrure polaire (avec la capuche), mon K.way (avec la capuche), sans oublier en dessous foulard et casquette. Je pars explorer le petit sentier qui, du camping, rejoint la clôture sud des terres de Gemtree, distante d’à peine deux kilomètres. Le soleil émerge de l’horizon, peint en rouge le mont Pfitner au sud, teinte d’or chaque épi des hautes herbes blondes et rousses qui m’entourent. Il n’y a pas de vent, le ciel exempt de toute trace de nuage, l’espace illimité. Dans cet air sec, la terre exhale un parfum indescriptible, presque métallique mêlé aux senteurs poivre et camphre des arbustes environnants. Les narines dilatées, les yeux grand ouverts, je goutte la nature par chaque cellule de mon corps. Je me gave d’une énergie qui me rendrait presque transparente, je suis. Je me déplace en faisant le moins de bruit possible, j’épie les oiseaux. Certains dans les buissons, de la taille d’un pinson sautillent sans relâche de branche en branche, à rendre fou un photographe. Ils sont magnifiques ! A peine quelques grammes et d’un maintien princier. La tête haute, la queue relevée à 45°, leur plumage lance des reflets bleu métallique à chaque caresse du soleil. Les inévitables corbeaux sont présents comme les cacatoès et les perroquets en moindre nombre.

Gallah

Mais arrivée non loin de la clôture, c’est un bruit insolite qui me fait tourner la tête. Un grand kangourou au pelage roux surgit du levant comme une flèche. Ses pattes postérieures claquent au sol à chaque impulsion. Je m’immobilise. Deux bêtes à la robe aussi ambrée le suivent. Ils arrivent à toute vitesse, et ceux que j’ai pris un instant pour ses petits se révèlent être deux dingos qui lui donnent la chasse. Un troisième débouche à son tour des fourrés. Je n’ai toujours pas bougé. Dans le feu de l’action, à une quinzaine de mètres, ils passent tous devant moi sans même m’apercevoir. Le kangourou cherche la plaine pour échapper à ses poursuivants, il se dirige de biais sur la clôture, il ne l’a pas vu. Il percute les barbelés en pleine course et culbute dans la poussière. Je retiens mon souffle. Les dingos se rapprochent dangereusement, mais sans même que je ne puisse distinguer ses mouvements, leur proie est déjà de l’autre côté. L’animal repart vers l’est, le troisième dingo qui était en retrait essaie alors de lui couper la route. Mais dans la plaine ils n’ont aucune chance. Les grands kangourous sont capables de faire des pointes à plus de 55km/h et en terrain découvert, de maintenir une vitesse de 20 à 30km/h plusieurs heures d’affilé. Les chasseurs abandonnent.

La langue pendante, ils rebroussent chemin au petit trot. Je n’ai toujours pas bougé, et en m’apercevant, ils stoppent incrédules, comme si j’étais tombée du ciel. Ils hésitent quelques instants cherchant mon odeur en humant l’air de gauche à droite. Les dingos pure race ont gardé vis à vis de l’homme, la méfiance instinctive des bêtes sauvages. Ils décidèrent alors de m’éviter et sans se presser regagnent les broussailles. Plus loin là-bas, leurs congénères hurlent comme des loups, peut être savent-ils déjà qu’ils n’auront pas de kangourou au petit déjeuner !

Près de la clôture où l’herbe est écrasée, seule subsiste une touffe de poils roux prise dans les barbelés, comme pour refermer cette page du livre du bush. J’aime les journées qui commencent ainsi, où la nature est plus que généreuse.

Mont Riddock

8H45, Graham nous conduit au gisement de zircons sur les chapeaux de roue. Les deux voitures oui me précèdent soulèvent un nuage rouge, mais de toutes façons il est impossible de ralentir tant la route par endroit ressemble à de la tôle ondulée. Le convoi formé de nos six véhicules arrive au bout de huit bornes sur une vaste plaine parsemée de quelques arbres: Mud tank Zircon field.

Le temps est magnifique, le ciel uniformément bleu. L’endroit est vaste et relativement plat, le long de la piste cours un ruisseau asséché bordé de quelques arbres, loin au sud, les premières montagnes se découpent sur l’horizon. Autour de nous, le sol est constellé de trous et de fossés, de vieux fûts de deux cents litres coupés en leur milieu et d’espèce de petits portiques plantés sur des monticules de graviers. A peine avons nous sorti le matériel des voitures que Graham nous rappelle en riant que nous ne sommes pas là pour admirer le paysage.

Mud tank Zircon field

Ce n’est pas la première fois que je viens à Mud Tank avec l’équipe de Gemtree, j’ai donc la chance d’être sa partenaire pour la démonstration. Le sol recèle de nombreux types de minéraux, mais l’Apatite jaune vert et la Titano-magnétite très dense aux cristaux pyramidaux sont assez facilement reconnaissables, le Zircon leurs est souvent associé. Fort de ses informations, il choisit l’endroit où attaquer la tranchée existante à la pioche, dans les yeux de mes compatriotes d’un jour, rassemblés autour de lui, la convoitise est en train de naître. Quelques coups de pelle pour remplir de gravats le seau en ferraille, puis le tout est transvasé dans le plus grand des tamis perché à bonne hauteur sur une armature métallique. Ensuite il secoue énergiquement l’ensemble afin de séparer la terre des graviers et cailloux divers. Cela semble bien facile, mais je sais par expérience qu’au bout d’une heure, la densité du matériau rend chaque mouvement déjà beaucoup plus pénible.

Graham remplit maintenant nos deux plus petits tamis, nous lavons de concert notre récolte dans les deux demi-fûts remplis d’eau qui m’ont été attribués. A côté sur un haut tonneau, j’ai calé ma large plaque blanche, il y dépose les graviers lavés. Dix paires de yeux ronds comme des billes y convergent sans retenue. Il faut savoir choisir son angle de vue par rapport au soleil, s’il est judicieux, les particules ou cristaux de Zircon capturent les rayons de lumière, une lueur orangée apparaît sur la blancheur de la planche de tri. Et comme la terre australienne est généreuse, le premier spécimen est un éclat de minéral translucide de première qualité bon pour la taille. Le sourire apparaît sur toutes les lèvres. Le Zircon passe de mains en mains et fini sa course dans ma boite de conserve. Cette première pierre je l’ai fait tailler sur place et la porte encore au doigt aujourd’hui.

Zircon

Mais pour l’instant, maintenant que tous ont compris la technique, ils n’ont qu’un seul désir : se mettre à leur tour au travail. Graham reste une bonne heure à nos côtés, prodiguant conseils et astuces, tour à tour à chacun d’entre nous. Après son départ, et jusqu’à l’heure du déjeuner, le silence sera ne sera rompu que pas des coups de pioches et des bruits de tamis secoués. Chacun semble usiner en secret dans son coin, l’atmosphère ressemble presque aux salles de classe, en pleine interrogation écrite.

Sur mon coin de tranchée, j’ai mis à nu une zone intéressante, pleine de cristaux de titano-magnétite formant des petites pyramides parfaites et par endroit carrément des agrégats massifs. Ce minéral de haute densité est excessivement lourd et résistant, mais qu’à cela ne tienne, ma pioche aussi est massive. Je prends du recul et évalue la trajectoire, bien décidée à pulvériser ce rocher encombrant. L’outil en main, le socle posé derrière moi, je prends deux bonnes respirations et lance mon attaque. Avec toute la force dont je suis capable, je projette le fer dans une violente révolution, la lourde pointe en acier passe au-dessus de ma tête pour aller s’abattre en plein sur l’objectif. La seconde suivante, j’ai l’impression que tout mon corps est parcouru par une onde de choque terrible, digne des dessins animés comiques. La pioche est toujours posée sur le rocher, le pique a à peine entamé le minéral. Mon voisin de travail, qui fait équipe avec sa sœur, en est plié de rire !

Mud tank Zircon field

En fin d'après-midi je leur ai fait part de mon intention d'aller le lendemain crapahuter dans les Harts Ranges pendant quelques jours. Un gars qui aurait pu être le fils des ZZ top m'a donné de précieux renseignements en examinant mes cartes topographiques afin de retrouver les anciennes mines de mica. La soirée devant le feu fut fort agréable avec un frère et sa soeur originaires de Victoria. On a parlé de tout et de rien, mais surtout on a rigolé jusqu'à 22H, ensuite les courbatures de cette rude journée nous ont renvoyé au lit.

Le centre rouge : début de voyage incertain...

Le 4 juin, alors que nous étions encore à une heure de vol de Sydney, en provenance d’Auckland (Nouvelle Zélande), il est arrivé un fait relativement singulier.

La projection du film prenait fin, quelques passagers à l’arrière droit de l’appareil levaient déjà les stores de leur hublot. La pénombre fut brutalement transpercée par les rayons d’une chaude lumière couleur de miel. Instinctivement, je remontais aussi mon rideau, le soleil se levait sur une mer paisible de nuages cotonneux. A plus de huit mille mètres d’altitude le spectacle était magnifique et grandiose, d’une pureté extrême telle la naissance d’un monde. De mon côté, à l’opposé du levant, semblant flotter sur un océan de ouate, une étoile à l’éclat étrange attira mon attention.

« Ne m’avait-il pas semblé la voir littéralement s’allumer dans le ciel ? Non, elle devait déjà être là, je venais juste simplement de la remarquer. »

Encore un coup d’œil de l’autre côté, le soleil sortait à peine des nuages. Les couleurs semblaient palpables comme une espèce de brouillard et pourtant, certains rouges s’illuminaient d’une densité remarquable. A gauche en revanche, de mon bord, le ciel…

« On dirait que l’étoile brille beaucoup plus intensément, ce n’est pas possible ? Le jour qui envahi le ciel devrait produire l’effet inverse ! »

Je jette un coup d’œil dans la cabine, le Stewart l’air affable passe un plateau dans les mains, les gens dorment, lisent ou discutent. Retour à l’étoile.

« Je ne rêve pas, elle vient encore de grossir ! »

Maintenant que je la fixe, il me semble la voir se dilater à vue d’œil. Plus rapidement cette fois je regarde les passagers. Le Stewart repasse dans l’autre sens souriant à ceux qu’il rencontre, personne ne semble troublé. Mon regard s’affole de la cabine au hublot.

« Mon Dieu je le vois maintenant, ce n’est pas une étoile, c’est un avion qui s’approche de plus en plus vite. Mais il n’y a rien au sud-ouest de Sydney à plus de cinq cents kilomètres de la côte ? »

Plus il se rapproche et plus sa vitesse semble croître. J’ai les idées qui se bousculent et une désagréable sensation de froid derrière la nuque.

« Ce n’est pas réel ? » Mes cours de navigation me reviennent en mémoire. « Si un engin vient par bâbord avec un angle d’approche constant, c’est qu’il va fatalement croiser notre route, il faut se déporter. C’est exactement notre cas ! » Une date surgit dans mon esprit : « le 11 septembre, on va tous mourir ! » Le Stewart bavarde de l’autre côté de l’allée. « Je le distingue nettement maintenant, c’est un jet tout blanc. Il arrive sur nous trop vite, rien ne sert de les prévenir, nous sommes déjà tous morts ! »

Il est tellement près, il… Il vire brusquement presque parallèle à l’avant gauche de notre Boeing. Je vois parfaitement l’empannage du petit avion, aucun sigle. Il disparaît sous notre carlingue, mes pensées s’arrêtent. Je vis chaque seconde comme si ce devaient être les dernières. J’attends l’esprit si ouvert qu’il n’a plus de limites, j’attends l’impact...

Et les secondes s’écoulent. Comme un film qui se déroule au ralenti, je peux en capter chaque détail. Le Stewart est en train de parler gastronomie, mes voisins, de l’autre côté jouent aux cartes, il y a de la musique, un enfant qui pleure à l’arrière de l’appareil, une vague odeur de café. Dans la cabine tout est d’un calme ronronnant, les minutes s’égrainent, et puis rien. Les pensées se ré enclenchent.

« Qu’est-ce que s’est que ce délire ? Que c’est-il passé ? »

Vingt minutes passent. Une Hôtesse annonce une collation et bientôt notre descente sur Sydney. L’avion est loin d’être plein et pour une fois j’aurais aimé avoir quelques personnes autour de moi, pour en parler. J’ai besoin de réponses. Il m’a fallu attendre la fin du vol, à ma sortie de l’appareil, j’ai pris à part le chef Stewart pour l’interroger.



« Je n’ai pas rêvé, que c’est-il passé il y a une heure ? »

Il m’a juste répondu d’un sourire un peu crispé avant de l’éclipser : « Oui, quelqu’un d’autre nous l’a signalé également, mais ce n’était rien. Il n’était pas du tout sur la même route que nous ! »

A mon retour de vacances, un mois plus tard, une catastrophe aérienne occupait la Une du journal télévisé. Deux autres Boeings s’étaient télescopés inexplicablement en plein ciel. Soixante et onze morts.